Enfin les tempêtes

Discrète Catherine Durand. Douce, gentille, apaisante Catherine Durand. Souvent, depuis que je la suis (une quinzaine d’années, fidèlement), je me suis demandé : ne se fâche-t-elle donc jamais ? Quand on s’est rencontrés il y a deux semaines, en amont de sa première montréalaise du spectacle de l’album Les murs blancs du Nord, elle m’a avoué être capable d’aller loin, très loin, dans la dépression. Catherine Durand roulée en boule dans un coin, ça se pouvait.


Cette Catherine-là s’est montrée mercredi à L’Astral : pas recroquevillée, mais dans ses états les plus exacerbés, dans toutes ses… tempêtes. J’utilise le mot à dessein, parce qu’il tempêtait aussi dehors, et que d’entrée de jeu, Catherine a dit que c’était voulu, dans la thématique des « murs blancs » de l’album : « J’ai commandé ça expressément pour ce soir… »


Elle avait aussi commandé des arrangements intensément modulés, gracieuseté de messieurs Joss Doc Tellier (aux guitares), Justin Allard (à la batterie) et Denis Foucher (aux claviers) : les séquences instrumentales de l’album, beaux crescendos déjà, devenaient littéralement des murs de sons, qui s’élevaient comme des glaciers puis s’effondraient, et les parties chantées émergeaient dans le bouillonnement. La tempête de musique permettait la tempête des sentiments. Catherine, malgré le codage protecteur de ses textes, s’exprimait, puissamment.


On voyait, on entendait ses peines, ses douleurs, ses joies, submergeant les mots. C’était évident jusque dans sa façon de manier la guitare électrique (ou la basse), dans ses grimaces bien éclairées par-dessous, dans tout. La musique était si prenante, dans ces versions des chansons du nouveau disque (surtout La gueule du loup, À chacun sa pierre qui tombe, Point de départ), mais aussi les relectures des disques précédents (particulièrement Je vais rester, L’odyssée), qu’elle en lâchait prise, s’abandonnait, se révélait enfin.


J’avais presque l’impression de faire connaissance. Même seule dans Diaporama (efficace mise en scène de Sylvie Paquette, faut-il noter), elle ne retenait rien, transcendait sa douceur naturelle et parvenait à s’extirper du corps et du coeur un lot d’émotions trop longtemps blotti en dedans. Le spectacle de sa vie ? Des murs tombés, à tout le moins. Blancs et noirs.