Abattre les murs de L’Astral

Catherine Durand vue par son amie, la photographe Claudine Sauvé
Photo: Claudine Sauvé Catherine Durand vue par son amie, la photographe Claudine Sauvé

C’est vraiment un splendide album, le dernier Catherine Durand. Du temps, c’est ce qu’il me fallait pour le constater. Du temps, de l’espace, de l’hiver. Un peu de ces « murs blancs du Nord » qu’évoque le titre, un peu de l’Islande de l’album à la grandeur des champs de ma Montérégie, de part et d’autre de la 202 et de la 15 entre Lacolle et la 30. Là, entouré de blanc, je comprends, j’entends mieux les mélodies, les textes aussi, cette calme psychédélie, ces pans d’instrumentation intenses et enveloppants, ces guitares immenses de Joss Tellier. Février 2013 : l’album se déploie. Finalement. « Moi, mon histoire, c’est toujours dans la durée, on dirait : ça va faire 15 ans, mon premier disque, tu te rends compte ? Il n’est jamais trop tard… »

Catherine sourit quand je lui déballe tout ça, et son sourire remplit la galerie d’art où elle tient le fort pour l’exposition de son amie Claudine Sauvé, la photographe de ses pochettes et livrets. C’était moins évident, fin août 2012, quand l’album sortait, que j’aimais ça moyennement, que je le lui avais dit. Je le pensais, et c’était bien là l’odieux de ce métier - l’odieux de toute l’industrie de la musique populaire, désormais, de la production à la diffusion - où les albums doivent s’imposer vite, vite. Où l’on réagit, sans laisser agir. Je me souviens d’un temps où j’avais le temps de ne pas embrasser (ou abhorrer) un album d’emblée : le chemin plus ou moins long à parcourir pour rejoindre les chansons était compris dans le prix. « Tout le monde la ressent, la pression de décider tout de suite, le public aussi, souligne Catherine. Ton album n’est pas une nouveauté longtemps, de nos jours, t’es pas longtemps dans les postes d’écoute : il y a tellement d’offre ! Ç’a été fou tout l’automne. De la bonne offre, en plus, de Louis-Jean [Cormier] à Karim Ouellet, jusqu’en décembre. J’ai eu une fenêtre d’une semaine ou deux à la sortie, déjà c’était beau, mais j’ai vite été dépassée [dans les classements]. Heureusement, chez Spectra, ils ont les reins solides, eux autres ils pensaient déjà aux shows de janvier-février… »

 

Finie, l’attente


Nous y voilà. Le disque et Catherine ont survécu à la cohue, la neige a recouvert les doutes, et les chansons vivent au grand air (avec un cache-nez). Point de départ, À chacun sa pierre qui tombe, Cent un pas, Des cendres de nous, Sur mon île, les plus belles sont allées jouer dehors. « Le ciel froid de décembre / Couvre mon présent / Et ma voix qui en tremble / Seule sur mon île, j’attends… »


Fini d’attendre : le temps de la première montréalaise est venu et c’est ce mercredi qu’on abat les murs de L’Astral pour donner à ces chansons leur plein potentiel et le maximum d’espace. « J’avais une petite crainte, à savoir si les chansons allaient être facilement transposables sur scène, mais ça va, ça fonctionne à quatre ; c’est condensé, mais ça reste vaste. Rien que Joss, il remplit l’horizon. Et les chansons des autres disques prennent leur place là-dedans. Ça change le paysage avec les claviers prépondérants, mais c’est encore de la chanson à ma façon. »


Et plus que jamais, Catherine Durand la musicienne est comblée. « Je ne suis plus nécessairement tout le temps en avant. Les trois quarts du temps seulement. Dans les envolées musicales, l’attention n’est pas sur moi, je fais partie d’un tout. Ça me fait du bien, ça. Après 15 ans à m’occuper de mes affaires pas mal toute seule, à passer d’une compagnie de disques à l’autre et à me relever chaque fois, je me retrouve dans mon show comme dans les tournées de Toutes les filles : dans la musique, dans la gang. » Une certaine idée du bonheur, en ajoutant les centaines d’albums que les gens vont s’arracher à la table de marchandise après chaque spectacle de la tournée. « Certain !, s’exclame-t-elle. En tout cas, t’as moins loin à aller qu’au deuxième étage de Renaud-Bray ou d’Archambault au fin fond à gauche… » Message bien compris, nom de nom. En avant, la chanson !