Le chef-d’oeuvre en trois actes de Francis Poulenc

Le compositeur Francis Poulenc
Photo: Agence France-Presse Le compositeur Francis Poulenc

Entre jeudi et samedi de la semaine qui vient, l’Université de Montréal présentera, à la salle Claude-Champagne, Dialogues des carmélites, l’opéra en trois actes de Francis Poulenc, d’après Georges Bernanos. Une magistrale façon de souligner le 50e anniversaire de la disparition du compositeur français.


Placé sous la direction de Jean-François Rivest et mis en scène par François Racine, Dialogues des carmélites monopolisera largement le réservoir féminin des membres de l’atelier d’opéra de l’UdeM, mené par Robin Wheeler. L’oeuvre bouleversante, créée à la Scala de Milan en janvier 1957, est l’un des opéras majeurs du XXe siècle.


Nous sommes en avril 1789. Le marquis de La Force est inquiet pour sa fille Blanche. Cette jeune femme, d’une lignée d’aristocrates, a peur du monde qui l’entoure. Elle annonce à son père qu’elle désire entrer dans un couvent de carmélites. Accueillie par la prieure, Madame de Croissy, une femme malade qui lui signifie que le carmel n’est pas un refuge pour les faibles, Blanche annonce qu’elle veut prendre pour nom soeur Blanche de l’Agonie du Christ.


La novice devient vite proche de la prieure et assiste à l’agonie et à la mort de celle-ci. Madame de Croissy, tourmentée jusqu’aux derniers instants par le nom choisi par Blanche, recommande cette dernière à la sous-prieure, mère Marie de l’Incarnation.


À la grande déception de Blanche et de son amie Constance de Saint-Denis, la nouvelle prieure, que nous découvrons à l’acte II, ne sera pas mère Marie, mais Madame Lidoine, qui vient de l’extérieur du couvent. C’est alors que le chevalier de La Force, frère de Blanche, arrive au couvent pour la chercher et la conduire hors de France, afin qu’elle échappe à la Terreur qui fait suite à la chute de la monarchie. « Rien ne peut m’atteindre », « nous allons combattre chacun à notre manière », lui rétorque Blanche. Mais les révolutionnaires arrivent.


Un drame s’annonce. À l’acte III, mère Marie propose aux soeurs de faire voeu de martyre « pour le carmel et le salut de la patrie ». Ce voeu doit être unanime, mais à l’issue d’un vote secret, un vote s’y oppose. Les carmélites soupçonnent Blanche, mais c’est Constance qui avoue que ce vote est le sien, avant de se ranger à l’avis de ses consoeurs. Les carmélites sont expulsées du couvent et se voient interdire de vivre en communauté. Blanche se réfugie dans sa maison d’enfance, saccagée. Les carmélites sont finalement arrêtées, enfermées et condamnées à mort, notamment pour « conciliabules contre-révolutionnaires ». Le jour de l’exécution, les soeurs avancent vers la guillotine en chantant Salve Regina. Alors qu’il ne reste plus que Constance, Blanche sort de la foule et va rejoindre ses soeurs en religion sur l’échafaud.

 

Des racines


L’histoire, romancée par Gertrud von Le Fort dans Die letzte am Schafott (La dernière à l’échafaud, 1931), s’inspire de l’histoire réelle des carmélites du couvent de Compiègne, exécutées en juillet 1794. L’histoire fut récupérée par Georges Bernanos en 1948, un an avant sa mort. Ce qui devait être un scénario de film devint une pièce de théâtre, que Poulenc adapta, dès 1953, en livret d’opéra. Un projet, selon les termes de Poulenc, « à la mémoire de ma mère, qui m’a révélé la musique, de Claude Debussy, qui m’a donné le goût d’en écrire, de Claudio Monteverdi, de Giuseppe Verdi et de Modest Moussorgski, qui m’ont servi, ici, de modèles ».


Les références à Monteverdi, Verdi et Moussorgski tiennent en premier lieu à l’implacable efficacité dramatique et à quelques modèles de caractères tirés de leurs opéras. Des trois, Moussorgski est le plus visible (références à la Khovantchina), mais le langage musical de Dialogues des carmélites est directement hérité de celui de Pelléas et Mélisande.


Du coup, la prononciation de la langue française est fondamentale, pour faire de la langue un élément de la fluidité musicale. Cette règle de base a trop souvent été oubliée dans de nombreuses productions récentes.


« Ou c’est mon chef-d’oeuvre, ou je veux mourir », écrivait Poulenc pendant la composition. Ce fut son chef-d’oeuvre, ce à quoi acquiesce Jean-François Rivest en déclarant : « Éloge de la subtilité des sentiments contradictoires, Dialogues des carmélites met en scène l’opposition entre la ferveur religieuse et la sensualité humaine, la rigueur et la camaraderie, le pathétique et la retenue, le charme et le voeu de pauvreté… Le livret de cet opéra est profondément spirituel et dépouillé et, au même moment où éclate la Révolution, il se dénoue dans une des scènes les plus effroyablement saisissantes de l’histoire de l’opéra. »


Après la création, en italien, en janvier 1957 à la Scala, l’Opéra de Paris, pour la première française en juin 1957, parvint à réunir la distribution rêvée par Poulenc : Denise Duval dans le rôle de Blanche, Régine Crespin (Madame Lidoine) et Rita Gorr (mère Marie). C’est celle que l’on retrouve dans l’enregistrement EMI de Pierre Dervaux (janvier 1958), qui fait toujours office de référence, l’interprétation moderne privilégiée étant celle de Kent Nagano.


En DVD, le spectacle de l’Opéra national du Rhin mis en scène en 1999 par Marthe Keller et dirigé par Jan Latham-Koenig s’impose absolument sur l’horrible transposition de Dmitri Tcherniakov à Munich en 2010, sous les yeux impuissants de Kent Nagano.


 

1 commentaire
  • Stéphane Martineau - Abonné 23 février 2013 10 h 14

    Magnifique

    Musique éternelle , interprétation superbe.