Concerts classiques à New York - Transfigurations plus ou moins heureuses

La vitalité de Broadway et de Las Vegas combinés sied étonnamment bien au Rigoletto de Michael Mayer.
Photo: Ken Howard Metropolitan Opera La vitalité de Broadway et de Las Vegas combinés sied étonnamment bien au Rigoletto de Michael Mayer.

En marge de la première de Parsifal de Wagner, deux autres expériences musicales, la veille et le lendemain, ont été placées sous le signe de la transfiguration.

Celle du fameux Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, d’abord, sous la direction de Mariss Jansons, qui avait choisi d’ouvrir son concert, donné le jour de la Saint-Valentin, avec Mort et transfiguration de Richard Strauss. Retrouvant mon orchestre préféré après plus de dix ans, j’en fus quitte pour une sérieuse remise en cause. Ni fait ni à faire, ce Strauss beuglard, bruyant et sans âme, sans écoute ni sens des transitions en disait long sur la nouvelle culture sonore de cet orchestre, sous la direction d’un chef cartésien.


Toujours intrinsèquement luxueux, l’orchestre d’Amsterdam a développé une image sonore athlétique, où chaque pupitre tente de briller sans que le chef gère particulièrement la coulée des phrases. Dans la 7e Symphonie de Bruckner, factuelle aussi, les choses s’articulèrent mieux, mais, on le redit, les hiérarchies bougent et on était loin du grand frisson communiqué par l’Orchestre du festival de Budapest et Ivan Fischer il y a quelques semaines.


Surprenant Rigoletto


Tout à l’opposé, la surprise fut grande, voire immense, samedi au Met, avec un Rigoletto transposé à Las Vegas. Il est à espérer que les spectateurs en direct dans les salles de cinéma ont pu ressentir la même exaltation qu’en salle. Le spectacle, très flashy et osé, fonctionne au quart de tour. On est là au sommet d’un processus de transfiguration intelligente, qui fonctionne parfaitement et peut amener un nouveau public à l’opéra. Par ailleurs, transposer de temps en temps le « pep » de Broadway à l’Opéra de New York n’est pas une mauvaise idée.


Le miracle du Rigoletto de Michael Mayer est qu’il améliore même les choses (!), donnant de la consistance dramatique à des personnages tels que Marullo, Ceprano (odieuse tête à claques) et Monterone, et huilant les rouages de transitions scéniquement peu évidentes - enlèvement de Gilda, succession de scènes intimistes et collectives.


La représentation fut aussi l’occasion d’entendre une prestation quasi irréelle de Diana Damrau en Gilda et de découvrir une basse extraordinaire, le Slovaque Stefan Kocan (Sparafucile). Excellentes prestations de Piotr Beczala (le duc) et Zeljko Lucic (Rigoletto), et spectacle qui hante positivement l’esprit. On attend le DVD impatiemment.

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