Jazz - Donald Byrd, sans l’ombre d’une ride

Le trompettiste Donald Byrd n’est plus. En fait, on devrait écrire, pour parler jazz, que le collectionneur de diplômes universitaires a rejoint ces jours-ci le big band que Duke Ellington dirige dans l’au-delà. Il avait 80 ans, l’homme né dans la ville qui a « fourni » le plus grand nombre de grands musiciens de toutes les villes. Laquelle ? Detroit.

Depuis sa mise entre parenthèses, un peu partout dans le monde on a consacré des articles parfois longs à celui qui a composé Tanya et qui fit, ainsi, le bonheur de Dexter Gordon. On évoque cela, plus exactement les articles, pour mieux marteler ceci : Donaldson Toussaint L’Ouverture Byrd était un champion de la catégorie des mi-moyens.


Oui, il était un champion de cette assemblée d’hommes qui, lorsqu’ils étaient jeunes, avaient traduit leur colère découlant du sort réservé aux Noirs en forgeant ce qu’on appelle aujourd’hui le hard-bop. Le bop, on insiste, dans sa version dure.


Auprès d’Art Blakey, Sonny Rollins, Hank Mobley, Thelonious Monk, Max Roach et John Coltrane il déclina ses notes bien enveloppées et enjouées. Ses notes conçues à l’enseigne de l’harmonie qu’il alla étudier à Paris, où officiait Nadia Boulanger, très réputée pour ses talents de pédagogue.


Parmi ses faits d’armes, ses faits datés dans les années 50 et 60, celui qu’on retient, mis à part son alliance avec Gordon, est cette association avec Pepper Adams. L’architecture instrumentale couplant une trompette et un saxophone baryton étonna énormément et passionna tout autant.


Pour l’étiquette Blue Note, ses deux compères ont enregistré une série d’albums qui n’ont pas pris l’ombre d’une ride, d’une petite ride. Dit autrement comme à l’envers, Royal Flush, The Cat Walk, Byrd in Hand et d’autres demeurent d’actualité. D’autant que l’ingénieur Rudy Van Gelder qui avait gravé les originaux a gommé au cours des dernières années toutes les aspérités. Bref, ces albums, c’est du gros calibre.


Notre homme avait aussi comme talent celui de repérer les jeunes talents, de les guider, de les former. Dans les pages du Globe and Mail, Herbie Hancock raconte très bien ce qu’il doit à l’auteur de Jorgie’s. Ce qu’il doit à un homme qui fut aussi un très grand professeur.


Ce docteur en musique, qui était également diplômé en droit et un crack en mathématiques, fut en effet le premier doyen de la première faculté de jazz. Pour ses accomplissements musicaux et son travail de professeur, le National Enowment for the Arts lui accorda, en l’an 2000, la plus haute récompense qui soit : le Jazz Master. Et nous, on lui accorde tous les remerciements possibles comme imaginables.


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Une date à retenir : le 28 février, au soir évidemment. Mais encore ? Le saxophoniste ténor Rémi Bolduc, le saxophoniste costaud dans le sens le plus noble du terme, et François Bourassa, le pianiste des subtilités, occuperont la scène de la salle Bourgie située à l’ombre du Musée des beaux-arts. On insiste : ils se produiront sans aucun autre soutien. Ils vont poursuivre l’aventure que Bolduc amorça il y a quelques années avec Kenny Werner sur l’étiquette Justin Time.


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Le dernier numéro de Down Beat est consacré, comme il fallait s’y attendre, à Dave Brubeck.

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