James DePreist 1936-2013 - Artisan de la fin d’un tabou?

James DePreist en 2002
Photo: Associated Press James DePreist en 2002

Le chef américain James DePreist est décédé vendredi dernier à Scottsdale, en Arizona. Premier chef afro-américain à faire carrière, il fut directeur musical de l’Orchestre symphonique de Québec de 1976 à 1983.

De James DePreist, que j’ai côtoyé musicalement lorsqu’il dirigea l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo (1994-1998), je garde l’image d’un homme calme, professionnel et courtois. Un homme néanmoins sérieusement marqué physiquement par la poliomyélite, qui le frappa lors d’un voyage en Thaïlande en 1962, et par d’autres problèmes de santé qui se soldèrent par une greffe du rein en 2001.


Dans son pays, James DePreist oeuvra comme directeur musical au développement de l’Orchestre de l’Oregon de 1980 à 2003. Il fut également directeur du département de direction d’orchestre à la Juilliard School de 2004 à 2011. Connaissant une notoriété tardive au Japon, il dirigea de 2005 à 2008 l’Orchestre métropolitain de Tokyo.


À Québec, DePreist succéda à Pierre Dervaux et réalisa un disque pour le 75e anniversaire de l’orchestre, avec des oeuvres de Lekeu, Matton et Milhaud, enregistrement confidentiel, depuis longtemps disparu. La même année (1977), il emmena l’OSQ à Washington, où il avait été quelques années auparavant le chef assistant d’Antal Dorati. Du Québec, il chérira aussi et surtout sa femme, épousée en secondes noces, Ginette, née Grenier. Sa dernière apparition à l’OSQ remonte à 2002.


James DePreist, neveu de la grande contralto Marian Anderson, fut celui qui brisa le tabou du chef noir, un mur auquel se sont longtemps également heurtées les femmes. DePreist ne fut pas le premier. Il y eut avant lui Dean Dixon (1915-1976). Mais Dixon ne fit jamais carrière dans son pays et dut attendre 1970 avant d’y être reconnu… du moins à New York. La honte pour les États-Unis que représenta le « cas Dixon » a peut-être servi DePreist, soutenu dès le début de sa carrière par Leonard Bernstein.


Malgré son parcours, force est de constater que l’ouverture des esprits face aux préjugés de ce métier a, dans ces vingt dernières années, davantage servi les femmes que les Noirs. L’un des rares chefs noirs oeuvrant en Europe, le Canadien Kwamé Ryan, en poste à Bordeaux, est presque inconnu dans son propre pays.