Un concert, deux manières

Ils étaient près de 1500 fidèles en file sur le perron de l’Église Saint-Jean-Baptiste, sur la rue Rachel à Montréal. Sous un froid mordant, le gratin du Montréal culturel alternatif et un public assez homogène composé de jeunes adultes curieux, ont défilé dans les allées pour se trouver un coin de banc d’église pour écouter l’intégrale des derniers albums respectifs d’Avec pas d’casque et de Philippe B, deux des artistes le plus en vus de la chanson d’ici.

C’était loin d’être la première fois que Philippe B montait sur scène avec le Quatuor Molinari et un orchestre de chambre pour défendre ses Variations fantômes. Le guitariste était davantage dans une zone de confort – de «vieilles pantoufles», nous avait-il dit en entrevue – d’autant plus que son disque, inspiré des thèmes et des mélodies de la musique classique, est fait sur mesure pour ce genre d’intégration.

Avec lui, donc, l’orchestre s’est donné tout entier, à tout moment et beaucoup, les points de rencontre entre les pièces de Philippe B et l’orchestre étant très nombreux, comme deux blocs Lego qui s’emboîtent. Même que souvent, le bavard guitariste déposait son instrument fétiche, laissant les cordes, le hautbois (magnifique), la harpe, les chanteuses d’opéra, les cuivres et tutti quanti porter le tout. Ça résonnait ferme, souvent de façon magistrale, malgré quelques couacs – une guitare électrique et une section percussive parfois malhabiles.

Mais l’intriguant dans cette soirée était de savoir comment, en début de soirée, le folk-country lancinant d’Avec pas d’casque se marierait avec le Quatuor Molinari et l’orchestre de chambre, deux styles à priori moins compatibles. Constat: une tout autre manière de faire a été choisie. Au lieu de créer la trame mélodique des chansons du parolier et chanteur Stéphane Lafleur, l’orchestre est venu appuyer ponctuellement certains moments-clés sur les chansons jouées presque telles quelles par les quatre musiciens du groupe. 

C’était donc un peu moins majestueux que la partie de Philippe B, mais c’était la bonne chose à faire. Sur Intuition #1 et sur Talent, le Quatuor créait juste au bon moment des tensions et des résolutions, rajoutant aux sentiments souvent aigres-doux des pièces d’Avec pas d’casque. Sur Deux colleys, la harpe reprenait la mélodie pendant que les deux chanteuses accentuaient l’allure hawaïenne de la pièce. Les violons s’envolaient rapidement ici et là sur quelques mots, «feu» ou «oiseaux», ceux qui faussent aussi comme le dit leur chanson.

C’était donc un seul concert, mais deux manières, l’économe et la luxuriante. Et livré, en plus, dans un décor inhabituel, habilement éclairé et sonorisé, ce qui rajoutait en émotions à cette soirée déjà exceptionnelle par son existence même. Amen.