Sonnette d’alarme dans le milieu de la chanson québécoise

Organisé par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), le grand forum tentera de cerner les multiples enjeux auxquels fait face cet univers en mutation pour ajuster des mesures de soutien en conséquence. Un comité d’orientation, formé de 14 artistes et acteurs de l’industrie, a déjà déblayé le terrain et cerné cinq grands thèmes pour alimenter la discussion.


On s’interrogera notamment sur le succès croissant de la chanson anglophone - alors que le français a toujours été un véhicule de l’identité québécoise -, les contrecoups de la révolution numérique, le rayonnement hors Québec, la désaffection du public québécois en salle et la fragmentation des sources de financement. En bout de piste, on espère asseoir certains consensus pour formuler des recommandations concrètes aux instances gouvernementales.


Selon l’instigateur de ce grand pow-wow soutenu par le CALQ, Alan Côté, directeur du Festival en chanson de Petite-Vallée, le milieu travaille aujourd’hui avec des mesures de soutien décalées de la réalité. « On a des créateurs extraordinaires, mais on semble être en perte de moyens. La place qu’on fait aux artistes est très mince comparativement à la qualité de ce qu’on produit. Les cachets n’ont pas évolué depuis 10 ans et l’aide non plus. Comme il y a moins d’espace pour la chanson québécoise à la radio, il y a moins de public et donc moins d’argent pour les artistes », résume-t-il.


Négligés par les radios commerciales, les auteurs-compositeurs québécois sont aussi en perte de vitesse au petit écran, affirme Alan Côté, même si celui-ci fait ses choux gras des téléréalités du genre The Voice, On connaît la chanson, Un air de famille, où la musique anglophone tient le haut du pavé et la chanson francophone est trop souvent servie en mode pot-pourri ou saucissonnée en extraits.


« Beaucoup de chanteurs viennent d’ailleurs, et de plus en plus d’artistes choisissent de chanter en anglais. Comment inciterons-nous des jeunes à chanter et à écrire en français ? », a ajouté mercredi l’auteure-compositrice-interprète Lynda Thalie, membre du comité d’orientation.


À l’heure du téléchargement tous azimuts, ce grand caucus sera le moment de réfléchir sur la valeur attribuée à la chanson et de se demander, notamment, si l’offre généreuse de concerts publics par les grands festivals ne vampirise pas la demande en salles, contribuant à cette impression du tout gratuit. Autre sujet en vue : l’absence d’une voix porteuse pour tous les acteurs du milieu de la chanson, aujourd’hui représentés par une constellation d’organismes spécialisés.


Lundi prochain, au Centre Phi, le ministre de la Culture, Maka Kotto, François Macerola, p.-d.g. de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), le parolier Marc Chabot, les auteurs-compositeurs-interprètes Pascale Picard et Louis-Jean Cormier et l’animatrice Monique Giroux prendront le micro, ainsi que de nombreux autres représentants du milieu de la chanson. « Les artistes qui réussissent aujourd’hui à vendre à plus de 3000 copies d’un CD au Québec sont de plus en rares, soutient Guillaume Déziel, gérant de Mister Valaire et membre de musiQCnumériQC. La crise est commencée depuis longtemps, mais il a fallu attendre que tous aient mal avant qu’on réagisse. »

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