Musique classique - Francis Poulenc, la comète

On trouve dans ce coffret Poulenc des chambristes de renom, tel Michel Portal.
Photo: Photothèque - Université Paris Diderot On trouve dans ce coffret Poulenc des chambristes de renom, tel Michel Portal.

L’année 2013 marquera le cinquantenaire de la disparition de Francis Poulenc. La commémoration risque de passer un peu inaperçue dans une année Wagner et Verdi, mais un coffret EMI rend magnifiquement hommage à ce grand compositeur.

Francis Poulenc (1899-1963) poursuit une très longue tradition qui fait la singularité et la noblesse de la musique française, celle des comètes venues de nulle part et sans véritable descendance. Avec Poulenc, on peut englober sous l’égide de cette singularité, à divers titres, Rameau, Gossec, Berlioz, Fauré, Debussy, Ravel, Satie, Milhaud et Messiaen. Ils ont tous un langage, une griffe laissant une empreinte unique dans l’histoire de la musique.


La fameuse formule décrivant Poulenc comme « moine et voyou » est de Claude Rostand. Elle lui colle à la peau, mais n’est pas usurpée. Le joyeux luron des Mamelles de Tirésias se fait mystique dans le Stabat Mater, l’une des plus belles oeuvres de la musique sacrée à travers les siècles. Mais plus saisissante encore est son aptitude à passer de son côté jovial à son côté sacré à l’intérieur d’une même composition, une aptitude qui peut définir un langage musical propre, parfois profondément génial.Une oeuvre telle qu’Aubade, pour piano et orchestre, semble sortie de nulle part et, avec la faconde mélodique du compositeur, tient en haleine et émerveille du début à la fin.


Il ne faudrait pas limiter l’art du compositeur à cette polyvalence et à ces oppositions des contraires : il y a aussi une manière extraordinaire de traquer l’émotion humaine sous des aspects aussi divers que dans Dialogue des Carmélites et La voix humaine.


Voix et langage


De facto, une réévaluation du XXe siècle, non pas à l’aune d’une « modernité » supposée mais en considérant les compositeurs singuliers qui nous parlent, ne pourra que favoriser le legs de Francis Poulenc. Ce dernier n’a rien d’un réactionnaire musical. Il possède tout simplement « son » langage. D’ailleurs, les poètes majeurs mis en musique par Poulenc ne sont-ils pas Paul Éluard et Guillaume Apollinaire ?


Toutes ces facettes complémentaires scintillent dans le coffret de 20 CD de l’intégrale de l’oeuvre de Poulenc, publiée par EMI. La Voix de son maître, en France, a constitué dès l’après-guerre, et sur quatre décennies, une intégrale discographique de l’oeuvre de Poulenc, complétée en 1998 pour le centenaire de la naissance du compositeur et parachevée aujourd’hui par l’enregistrement, en 2011, par Emmanuel Pahud, d’une oeuvre pour flûte d’un peu plus d’une minute intitulée Un joueur de flûte berce les ruines.


On ne saurait toutefois prétendre que le coffret de 20 CD Oeuvres complètes, 1963-2013, édition du 50e anniversaire a coûté beaucoup de sueur à EMI. L’éditeur met simplement dans une grosse boîte les quatre coffrets thématiques - oeuvres lyriques ; mélodies ; piano et musique de chambre ; concertos et musique sacrée - parus à la fin de 1998.


Deux initiatives auraient pu être à l’ordre du jour. Ainsi, EMI et Virgin ont parfois dans leur catalogue, désormais, des enregistrements mieux-disants que quelques-uns des « classiques » de la discographie Poulenc. Par exemple, le Gloria et le Stabat Mater par Georges Prêtre en 1961 et en 1963, avec une prestation chorale qui fait son âge, auraient pu - et dû - être remplacés par les enregistrements de Richard Hickox (Virgin). La démarche avait bien été celle-là en 1998 lorsque, par exemple, Frank Peter Zimmermann avait remplacé (ouf !) Menuhin dans la Sonate pour violon et piano et lorsqu’EMI avait pris soin de renouveler la discographie de pans entiers de son catalogue de mélodies, en engageant, pour le faire, François Le Roux, Nicolas Rivenq ou José van Dam.


Incontournables


Il aurait été, par ailleurs, sympathique d’enrichir le coffret de versions alternatives pertinentes. Il est très heureux que le Concerto pour deux pianos soit celui de Poulenc et Jacques Février, dirigé par Pierre Dervaux en 1957, mais il aurait été intéressant de le comparer à celui des mêmes solistes, peu avant la mort de Poulenc, sous la direction de Georges Prêtre. À ce titre, tous les enregistrements étant désormais dans le domaine public, il eût été facile de compiler deux ou trois disques d’enregistrements historiques de cette musique.


Voilà ce qu’il aurait fallu pour surpasser le travail réalisé il y a 14 ans. Mais c’est déjà heureux de l’égaler, puisque seul EMI peut se permettre de publier un tel coffret, son catalogue enregistré étant le seul qui donne accès à une intégrale Poulenc. Vous trouverez donc ici de grands classiques de la discographie, tels Gabriel Tacchino dans l’oeuvre pour piano, des chambristes aussi éminents que Michel Debost à la flûte ou Michel Portal à la clarinette, le fameux Dialogue des Carmélites de Dervaux et nombre d’enregistrements dirigés par Prêtre dans les années 60.


Recommandé, évidemment, pour qui ne possède pas les coffrets antérieurement publiés, car la rencontre avec Poulenc est un rayon de soleil dans la vie d’un mélomane.

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