«No vacancy» à l’hôtel Ti-Rock

La photographe Julie Gauthier a découvert un hôtel abandonné, où rien n’a bougé depuis des années, sur la 138, quelque part entre Québec et Montréal. Jouant l’archéologue et l’anthropologue, elle a sorti son appareil photo pour saisir l’âme de cet endroit aussi beau que décadent.
Photo: Julie Gauthier La photographe Julie Gauthier a découvert un hôtel abandonné, où rien n’a bougé depuis des années, sur la 138, quelque part entre Québec et Montréal. Jouant l’archéologue et l’anthropologue, elle a sorti son appareil photo pour saisir l’âme de cet endroit aussi beau que décadent.

Imaginez mettre les pieds dans un hôtel abandonné, où rien n’aurait bougé depuis des années. Les télés à oreilles de lapin, les clés sur les crochets, les serviettes sur les supports. Les objets sur le sol, les Jésus sur les murs. La photographe Julie Gauthier a découvert un tel lieu à l’abri du temps, l’hôtel Ti-Rock, sur la 138, quelque part entre Québec et Montréal. Jouant l’archéologue et l’anthropologue, elle a sorti son appareil photo pour saisir l’âme de cet endroit aussi beau que décadent.


Comme photographe, Julie Gauthier travaille beaucoup dans l’univers de la musique. Elle immortalise des spectacles, mais a aussi travaillé avec des artistes pour leurs pochettes d’albums. Pensez aux deux disques de Bernard Adamus, qui fait partie du projet Ti-Rock.

 

Plumes d’artistes


En 2005, quand Gauthier a déniché l’hôtel, le projet était d’abord concentré sur l’image. « Je voulais juste faire les photos parce que je savais que c’était éphémère, que ça allait partir vite. » Mais Ti-Rock est aussi fait de textes composés par une quinzaine de musiciens et auteurs québécois, dont Richard Desjardins, Urbain Desbois, Sunny Duval, Éric Goulet, Stéphane Lafleur, Michel Vézina, Maxime Catellier et Ève Cournoyer.


« L’idée m’est venue de faire une collaboration avec les musiciens parce que les chambres d’hôtel, les artistes en tournée sont proches de ça, ils y sont habitués et je me disais que ça allait leur parler. Il y a beaucoup de temps à tuer en tournée, tout seul dans ta chambre d’hôtel. Alors j’ai décidé de faire un “No vacancy” de mon hôtel abandonné avec des musiciens. »


Chacun des musiciens et auteurs avait en main la description de l’hôtel et quelques-unes des photos de Julie Gauthier. « Quand on fait des photos pour une pochette d’album, on reçoit les pièces quatre ou cinq moins d’avance, et on baigne dans cette musique-là pour retranscrire par la photographie ce qu’on a ressenti de ça, l’ambiance. Là, c’est complètement le contraire : je leur donne des photos et ils doivent créer avec ça. Je trouvais le jeu assez intéressant. »


Parfois, le résultat ressemble à une chanson, parfois c’est plus près d’une nouvelle. Mais c’est presque toujours triste, nostalgique, sombre, étrange, angoissé, presque irréel. Il faut dire que c’est beaucoup ce qu’évoquent les magnifiques photos qui pavent Ti-Rock d’un bout à l’autre. Peinture défraîchie, lavabo sale, télévision enneigée au canal 3, détails farfelus du bar-salon - coeur battant des hôtels de l’époque.


« C’était un magasin de bonbons ! lance Julie Gauthier. Ça me parlait beaucoup. Je voulais retracer une histoire qui a pu se passer dans ce lieu-là à travers l’usure, à travers les objets laissés à l’abandon. J’ai touché à rien, j’ai pris les photos de ce qui était là, seulement avec la lumière naturelle. Et on est tellement entouré de lumière parfaite, de trucs parfaits, de visages parfaits. Là, c’est vraiment l’antipode du catalogue IKEA. »


Fait à compte d’auteur malgré l’intérêt de quelques éditeurs, Ti-Rock se retrouve dans quelques petites librairies de Montréal (Le Port de tête, L’Écume des jours, la Coop de l’UQAM, la Librairie du Square), mais s’achète également en ligne au www.ti-rock.com, seul ou avec un tirage d’une des photos du livre.