Les cinq meilleurs disques anglos de 2012 - Coups de foudre et batteries rechargeables

Pour le «rock critic» (comme disent les Français de France), l’élection des champions est un jeu périlleux, où il s’agit de résister à deux tendances fortes: ne considérer que le tout frais tout frétillant, ou alors entériner d’office ce qu’on a déjà célébré.

Certains choisissent leur camp. Au britiche Guardian, les jeunes pousses poussent : Solange, Lana Del Rey, même Carly Rae Jepsen et son Call Me Maybe de l’été dernier. Aux États, le bon vieux Rolling Stone marche dans les plates-bandes de son Hall of Fame: le Wrecking Ball de Springsteen est premier, le Tempest de Dylan troisième, le dernier Neil Young pas loin. Une sorte d’unanimité transatlantique se dessine autour du Channel Orange de Frank Ocean. Et moi? Même ado, je n’étais pas à la mode, alors tant pis. Les cinq albums ci-dessous ont en commun de conduire l’électricité, d’hier à aujourd’hui. Et de ne pas répondre à la fonction eject du lecteur de l’auto: ma seule garantie.

1. Jake Bugg, Jake Bugg. «The Future Of Music, He’s Like Dylan Meets The Arctic Monkeys», a proclamé Noel Gallagher avec des majuscules partout. Grosses lettres pour un p’tit gars de Nottingham qui, à 18 ans, en paraît quinze. Mais Noel exagère à peine. La première chanson, Lightning Bolt, foudroie. Le reste du disque stupéfie aussi. C’est du tout-en-un, ce gamin: chante comme Donovan, Ray Davies ET Liam Gallagher, brasse la cabane skiffle-rockabilly-folk comme s’il venait d’inventer la roue. Oui, se prend pour Dylan, et il a bien le droit. L’avenir de la musique? Je ne sais pas. Mais le présent et le passé conjugués, assurément.
Jake Bugg - Lightning Bolt (mp3)

2. First Aid Kit, The Lion's Roar. Elles sont sœurettes et Suédoises, Klara et Johanna Söderberg, on les dirait écloses à l’été 67, jeunes filles en fleurs, enfants d’Abba rêvant qu’elles sont Emmylou Harris et June Carter Cash. «I’ll be your Emmylou and I’ll be your June/If you’ll be my Gram and my Johnny too…», harmonisent-elles dans l’adorable Emmylou. Allez écouter cette chanson-là, vous voudrez l’album après, et puisque c’est leur deuxième, vous rechercherez leur premier ensuite. Carrément, des McGarrigle scandinaves..
First Aid Kit - Emmylou (mp3)

3. Patti Smith, Banga. Patti connaissait Maria Schneider (celle du Dernier tango…), et à la mort de celle-ci, un texte a surgi, une chanson a suivi: Maria. Pareil après Amy Winehouse: une réaction, un poème, une chanson, This Is The Girl. Et puis il y a eu la catastrophe au Japon en mars 2011: une autre chanson, Fuji-San. L’album est devenu une sorte de traversée du deuil, avec ses espoirs, ses désillusions, ses fins finales. Avec les Doors et les Velvet en fantômes. Et Lenny Kaye toujours vivant. Lucide, brut et splendide.
Patti Smith - This Is The Girl (mp3)

4. Rumer, Boys Don't Cry. Ce fascinant troisième disque de Sarah Joyce, le deuxième en tant que Rumer, a ceci de singulier qu’il trouve sa matière dans les vinyles d’auteurs-compositeurs des années 70. Pas les succès, sinon la Sara Smile de Hall & Oates: les « chansons d’albums ». Ainsi, l’interprète se compose-t-elle un répertoire neuf de chansons anciennes — quasi vierges! — des Terry Reid, Tim Hardin, Paul Williams et autres Leon Russell. Et les chansons vivent, et resplendissent.
Rumer - P.F. Sloan (mp3)

5. Eleni Mandell, I Can See the Future. Même heureuse, enfin heureuse et doublement maman (de Rex et Della), notre Eleni chérie se languit, c’est plus fort qu’elle, mais personne ne se languit plus délicieusement que notre Eleni. On se régale, comme toujours, le petit arrière-goût acide de l’amertume n’empêche jamais la joie des mélodies glacées trois couleurs, des jeux d’harmonies gouleyants et des arrangements mus par rétrofusées recyclées. Eleni, c’est la mélancolie qui joue à cache-cache avec le soleil de la Californie.
Eleni Mandel - Magic Summertime (mp3)

2 commentaires
  • Pierre Vaillancourt - Abonné 21 décembre 2012 20 h 32

    Et le jazz ?

    Y'a le palmarès québécois, le palmarès francophonie, le palmarès anglos, le palmarès classique.

    Et le jazz ?

    J'imagine qu'on garde le dessert pour la fin !

  • Michèle Dorais - Abonnée 22 décembre 2012 11 h 54

    Merci...

    Merci, j'attends le palmarès jazz avant tout autant d'impatience que M. Vaillancourt.
    Au plaisir de vous lire. Heureux temps des fêtes à tous.