Jésus persécuté

L’Enfance du Christ de Berlioz (1854) relate le massacre des enfants commandé par Hérode et la fuite en Égypte de la Sainte Famille. L’oeuvre exhale une sorte de candeur et de naïveté, que le spécialiste de Berlioz, David Cairns, relie à une nostalgie de l’enfance. Les paroles, de la plume de Berlioz lui-même, sont pour beaucoup dans cette impression. Et il faut bien l’avouer, à chaque fois qu’on y revient, on est bien forcé de trouver L’Enfance du Christ cucul-la-praline.


Seuls des interprètes justes et inspirés (Colin Davis !) peuvent sauver cet oratorio. Kent Nagano, lui, l’a littéralement enterré et a vertigineusement augmenté son coefficient de pénibilité. Je ne sais pas où notre chef a pêché l’idée de ces petites phrases nerveuses d’un orchestre éclaté qui ne s’écoute pas, avec certains pupitres déjà en vacances (hautbois) et, surtout, de ces sons émaciés de cordes. Survoler avec cette indifférence Le Repos de la Sainte Famille, il faut vraiment oser. On aurait invité en personne le fossoyeur musical Norrington, qu’on n’aurait pas eu plus désincarné, réfrigérant et stérile.


C’est dans la Ronde des devins et dans les passages choraux (enfin, un peu d’expressivité !) que le chef a marqué quelques points. Son dosage du choeur des anges, hors scène, était parfait.


Côté solistes, Quilico a vociféré approximativement une chose approchant quelquefois de ce que Berlioz a écrit. Pour finir (choeur des devins), Nagano l’a carrément abandonné à son errance. Comme Alexandre Sylvestre, peu patriarcal et court en graves, Pascal Charbonneau est trop léger en récitant (ça prend un Don José !), mais il est bon musicien. Le jeune couple Marie-Joseph a donc logiquement emporté la palme : Tyler Duncan impérial et Michèle Losier déjà un peu vibrante pour son âge, mais chaleureuse.


Toute cette indifférence glacée et sans âme est déjà oubliée. Comme souvent, la vedette fut le bel éclairage de la Basilique !