Concerts classiques - Signature québécoise

Bryan Perro prenait, en fin de semaine, la difficile relève de Fred Pellerin à la Maison symphonique pour le « concert-conte de Noël » de l’OSM. Sur un plan au moins, Kent Nagano a réussi son pari : il a créé un genre qui porte une signature indéniablement québécoise, et lorsqu’avec l’endiablé Reel de pointe au Pic l’orchestre et tous les protagonistes ont pris congé des spectateurs, on ne pouvait que saluer la joyeuse et festive réussite. Un tel spectacle, cela se passe ici et nulle part ailleurs, un peu comme Radetzky March incarne le Concert du nouvel an viennois.

La soirée avec Bryan Perro fut agréable. La comparer à la magie onirique délirante de Fred Pellerin l’an passé serait aller vite en besogne. La vraie réussite du millésime 2012 tient davantage à l’intégration des arts musicaux traditionnels dans l’univers symphonique qu’à l’alliance conte et musique.
 
Sur le premier plan, Kent Nagano n’en est pas à son coup d’essai. Mais il a tiré les leçons des limites et ratés de son association avec La Bottine souriante. Vendredi, la symbiose se faisait plus naturellement, le talent des podorythmistes Alain Lamontagne et Michel Bordeleau étant au niveau de celui de leur partenaire.
 
Merveilleuse implication, également, des enfants du Dr Julien dans la Symphonie des jouets. Le nom de la jeune femme qui pilotait avec tant de clarté et d’efficacité les interventions d’appeaux, de tambours, de crécelles et de triangles de tous ces jeunes au premier plan, méritait largement d’être mentionné dans le programme. Par contre, la Fondation du Dr Julien a raté le coche en oubliant de quêter à la sortie. Le cœur en joie, les spectateurs auraient sans doute donné avec générosité.

Arrimage conte et musique à peaufiner

Dans le domaine de l’alliance conte et musique, on qualifiera la soirée d’« effort méritoire » ou de « service minimal », d’une part au niveau de la teneur de la partie narrative et de l’autre au niveau de l’association musique et conte. Les morceaux à tonalité québécoise mis à part, on avait plutôt l’impression d’un concert de musiques classiques populaires avec narration interstitielle, sans grand rapport. La chose était tellement pépère que Perro a réussi à se faire totalement voler la vedette en cours de soirée par son faire-valoir, le metteur en scène et comédien Denis Bouchard en diable déjanté.
 
Mais on n’est pas là pour critiquer : la soirée a rendu les spectateurs heureux et a permis à des non-initiés d’entendre de la musique classique très accessible jouée avec sérieux — quoique pas mal de dilettantisme chez les cors — par notre orchestre-vedette et son chef.