Des coffrets placés sous le signe de la nostalgie

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	Le Sofiensaal lors de l’enregistrement du Crépuscule des dieux. Photo tirée de l’édition de luxe de l’enregistrement Decca du Ring des Nibelungen de Wagner par Georg Solti.</div>
Photo: Hans Wild - Decca
Le Sofiensaal lors de l’enregistrement du Crépuscule des dieux. Photo tirée de l’édition de luxe de l’enregistrement Decca du Ring des Nibelungen de Wagner par Georg Solti.

Période passionnante pour tout observateur de l’édition phonographique et pour tout acheteur à l’affût de bonnes affaires, le temps des Fêtes est celui des mises en coffret. Un thème majeur en classique en 2012 : la nostalgie


La nostalgie, pour les amateurs de classique, se décline de deux manières : l’édition de coffrets dits « de luxe » au format de microsillons et les compilations réunies en boîtes dans lesquelles les CD se retrouvent dans des pochettes cartonnées reproduisant le visuel de l’édition originale.


Universal est le meilleur promoteur de ces deux activités éditoriales. S’agissant de la publication de gros objets au format des anciens 33 tours, nous vous avons déjà parlé de l’édition de luxe du fameux enregistrement Decca du Ring des Nibelungen de Wagner par Georg Solti. Il s’agit de célébrer ici le centième anniversaire de la naissance du chef hongrois et le bicentenaire de Wagner. D’autres coffrets - Bartók, Mozart, Strauss, Verdi, Wagner - ont été édités pour les 100 ans de Solti, mais ils n’ont pas été diffusés aux médias car ils sont diffusés en importation d’Europe. Si vous les trouvez néanmoins en magasin, sachez que les boîtes Verdi et Strauss sont les deux prioritaires.


Un nouvel objet lourd et massif vient d’arriver cette semaine. Il s’agit de la réunion des trois intégrales « Beethoven for All » de Daniel Barenboïm, un projet regroupant de nouveaux cycles en CD des symphonies, des sonates pour piano et des concertos pour piano. Le coffret de luxe comprend aussi un DVD sur Barenboïm et son orchestre israélo-palestinien, un CD d’entrevues et un ouvrage illustré. Nous avons commenté ces parutions au fur et à mesure. En résumé, le Beethoven de Barenboïm est de plus en plus scruté - pas alambiqué, mais un peu narcissique, même si le musicien reste intense et passionnant. Il faut noter que les concertos et les sonates reprennent la bande sonore de DVD publiés ces dernières années.

 

Trois boîtes


Dans le domaine de la nostalgie visuelle, reposant sur la mémoire des pochettes des microsillons ou CD originaux, trois coffrets se distinguent.


Tout d’abord, le Mozart 111 de Deutsche Grammophon, que nous vous avons déjà présenté : 55 CD de Mozart, c’est un tiers de son oeuvre et la jolie boîte bleue étoilée est un cadeau très recommandable.


Plus récemment, nous avons eu « Philips Original Jackets Collection », 55 CD également, reprenant des titres phares du catalogue néerlandais. Comme Universal a perdu la licence d’exploitation de la marque Philips, on notera que ce coffret est édité par… Decca ! Le choix est globalement bon, parfois un peu frustrant par sa volonté de « servir » le plus d’artistes possible : deux disques d’Alfred Brendel, ce n’est pas assez et ça ne représente pas l’histoire de Philips. Mais ce qu’on trouve dans le coffret est excellent, avec quelques incontournables (les quatre derniers lieder de Strauss par Jessye Norman, la Sonate pour deux pianos et percussion de Bartók par Kovacevich et Argerich…) et ces disques majeurs dont tous n’avaient pas forcément perçu immédiatement la portée majeure : les Concertos nos 2 et 3 de Rachmaninov par Kocsis ou Jeux, Nocturnes et La mer de Debussy par Haitink. Énorme oubli : Eugen Jochum, qui aurait au moins dû figurer avec la 5e Symphonie de Bruckner à Ottobeuren et la 5e de Beethoven à Berlin, le tout premier CD classique Philips de l’histoire, en 1951. Dernier regret : la qualité médiocre de la reproduction des pochettes, du genre photocopies couleur.


Le troisième coffret, lui, est caché par son éditeur, Sony, qui - du moins ici - ne semble pas conscient de sa valeur et de sa rareté. Ce sont les enregistrements stéréo Columbia (CBS) de Leopold Stokowski : 10 CD, une boîte à trésors, avec de grands enregistrements de la musique Charles Ives, le miraculeux CD De Falla avec Shirley Verrett à Philadelphie, le concerto « L’empereur » avec Glenn Gould et, surtout, les six derniers enregistrements méconnus d’un chef nonagénaire, gravés à Londres à l’âge de 94 et 95 ans : un Bizet câliné, une superbe 2e de Brahms ou une grande 1re de Sibelius.

 

Chostakovitch et l’Histoire


L’étiquette néerlandaise Brilliant aime rassembler en boîte des intégrales ou de grandes anthologies. Cet automne, Brilliant nous a servi des coffrets sans concurrence, de par leur ampleur, consacrés à Boccherini, à Borodine, à Rimski-Korsakov ou à Schütz. Mais la publication majeure est une boîte Chostakovitch de 51 CD, qui intéressera tous ceux qui n’avaient pas saisi la précédente édition en 27 CD. On trouve toujours Barshaï pour les symphonies, les Rubio pour les quatuors et Kuchar pour la musique « légère ». L’enrichissement de 2012 vient notamment de l’inclusion des six disques de musiques de film licenciées du label Capriccio, de cinq disques de mélodies par des chanteurs russes et, surtout, du Lady Macbeth de Mtsensk avec Vichnevskaïa et Rostropovitch qu’EMI a accepté de licencier. Grande recommandation pour un somptueux cadeau. À noter : la présence de trois disques d’enregistrements historiques, dont les Concertos pour piano avec Chostakovitch au piano.


Enfin, pour les amateurs d’enregistrements historiques, la parution dominante est sans aucun doute la boîte EMI de 40 CD consacrée au pianiste Alfred Cortot, que nous vous avons présenté dans Le Devoir il y a deux semaines. Cette anthologie rappelle l’importance de la production sonore d’un pianiste à une époque où priment la dextérité, la vitesse et la virtuosité parfois vaine.

1 commentaire
  • Stéphane Martineau - Abonné 15 décembre 2012 08 h 06

    Merci

    Grand merci pour ces belles suggestions qui font saliver (métaphoriquement parlant...) le mélomane en moi...joyeux temps des fêtes et bonne année à vous et à tous les lecteurs du Devoir plus particulierement aux amateurs de belles et grandes musiques .