Le dur, le tatoué Mal Waldron

Mal Waldron
Photo: Source Soul Note Mal Waldron

L’histoire du jour, de la semaine en cours, du mois présent, voire du semestre qui s’achève se résume à un chef-d’oeuvre intitulé Je suis un dur, un vrai, un tatoué que chanta avec brio et conviction le Fernand d’elle, dit Fernandel. Oui, oui, oui…

Bon. Empruntons un brin à la précision. Si vous êtes un amateur de jazz dur, vrai et tatoué, alors le coffret Mal Waldron - Quintets, qui est en fait le rassemblement de quatre albums enregistrés entre 1986 et 1989, est pour vous, rien que pour vous. Comme dirait l’autre, ce jazz, celui donc de Waldron, c’est du brutal dans le meilleur sens du terme. Ça saisit, ça décoiffe. Chose certaine, personne ne peut rester indifférent à l’approche dynamique, physique, voire agressive, défendue par un Waldron qui se posait alors en gardien farouche, sourcilleux, des terres musicales cultivées par ses amis Charles Mingus et Eric Dolphy. Oui, oui, oui…


Ces grands bonshommes, il faut le rappeler, Waldron les avait fréquentés assidûment entre le milieu des années 50 et le début des années 60. Lorsqu’il n’était pas à leurs côtés, que ce soit en studio ou sur la scène, il était avec le cher pianiste de Billie Holiday. Et qu’avaient en commun Mingus, Dolphy et la chanteuse de You Show Me the Way When the Sky Was So Grey, la chanteuse, la parolière de Strange Fruit, du lynchage ? Une inclination si prononcée pour le blues qu’ils excellaient dans la mise en relief de ses côtés les plus sombres et donc les plus révoltants. Et cela, ce parti pris esthétique qui était également un parti pris politique, Waldron y collera jusqu’à la fin. Jusqu’à cet enregistrement en duo avec un autre fort en gueule, dans le sens le plus noble du terme, qui s’appelle… Archie Shepp.

 

Pianiste essentiel


Signe des débordements dont Waldron, en bon disciple de Thelonious Monk, était friand, aucune des pièces contenues dans ces quatre albums fait moins de dix minutes. En fait, deux des quatre albums proposent chacun deux compositions originales. Un troisième en propose trois, un quatrième en propose quatre. Le répertoire s’allonge sans jamais être longuet.


Cela précisé, la réputation de Waldron auprès de ses semblables ayant toujours été celle du pianiste essentiel, il a pu s’entourer de sacrés artistes. Il a pu s’associer à des durs, des vrais, des tatoués. Des musiciens qui étaient autant de contradictions des compromis musicaux camouflés sous un amas de « marketing-genre-comme ».


Toujours est-il que, tenez-vous bien, pour les deux disques enregistrés live au Village Vanguard, Waldron est accompagné de Charlie Rouse au saxophone ténor, qui fut le complice parfait de Monk, du trompettiste Woody Shaw, que Miles Davis tenait pour le meilleur trompettiste dans les années 70 et 80, du contrebassiste Reggie Workman, ancien soutien de John Coltrane, et du subtil Ed Blackwell à la batterie. Ce n’est pas tout.


Pour les deux autres albums, eux enregistrés en studio, Waldron a choisi Sonny Fortune au saxophone alto, Ricky Ford au ténor, Eddie More à la batterie alors que Workman est encore de la partie.


Avancer ces noms ou plus précisément les associer à celui du pianiste revient à annoncer une garantie : le jazz que ces messieurs déclinent a beaucoup à voir avec celui d’un Art Blakey ou d’un Sonny Rollins. Soit un jazz si vif qu’il est empreint des accents de la sincérité et de la conviction.


P.-S. : il n’y avait pas de copie chez HMV. On l’a acheté 39 $ chez Archambault, celui de Berri, où l’on a compté une autre copie.


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Oyez, oyez, braves gens, voici la solde, le pactole de l’année : sept albums de l’immense pianiste Horace Parlan réunis dans un coffret se détaillant à 19 $ chez HMV. Six autres du trop méconnu Elmo Hope, qui, entre autres choses, fut le complice pianistique de Bud Powell lorsque l’un et l’autre apprenaient l’instrument alors qu’ils étaient voisins à New York. Prenons le Elmo Hope.


La compagnie britannique Musicmelon a regroupé deux disques réalisés en trio, dont un avec Philly Joe Jones à la batterie et Paul Chambers à la contrebasse et quatre autres avec des souffleurs, dont notamment John Coltrane et Hank Mobley. Et pour une quinzaine de dollars. Petite note : il n’y en avait pas chez Archambault.


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Très bonne nouvelle : le groupe Barath and His Rythm Four, versé dans le vieux et rude blues de Chicago, le West Side de Chicago pour être exact, se produit tous les jeudis au Upstairs. Yes !