Rap de fin d’année

Dirty Taz mène en parallèle une carrière d’animateur et d’humoriste.
Photo: Jesse Maxwell Dirty Taz mène en parallèle une carrière d’animateur et d’humoriste.

Pendant la rentrée musicale automnale, les médias généralistes se concentrent beaucoup sur les nombreuses parutions des artistes pop, folk et rock. Même que certains diraient - probablement à raison - que c’est ainsi à longueur d’année. Reste qu’en ouvrant les dernières enveloppes à bulles reçues et en cliquant sur les derniers liens reçus, on constate que plusieurs rappeurs semblent profiter du ressac pop de fin d’année pour faire paraître leur travail.


C’est le cas chez Silence d’or, étiquette de disque hip-hop de Montréal dont on entend parler de plus en plus. Le label a fait paraître à la toute fin du mois dernier le troisième album solo de Cobna, intitulé La magie. Le rappeur, qu’on a beaucoup entendu en compagnie de Sans Pression dans le groupe Treizième Étage, conserve ce ton très linéaire qui le définit. Cobna, qui a signé ou cosigné tous les textes, a aussi écrit la musique de trois de ses pièces. En général, les trames rythmiques passent d’un style lourd aux sonorités synthétiques à des titres davantage mélodiques à tendance plus organique (Comme on peut, Juste milieu). Quelques bruits d’épée sortant de son fourreau titilleront le coeur des fans de Wu Tang Clan ou d’IAM. Un effort honnête.


Cobna: -3 Minutes avant (mp3)

Toujours chez Silence d’or, Dirty Taz a lancé à la mi-novembre Musique d’ascenseur, un disque très coloré et dansant, plein d’humour plus ou moins fin. Dirty Taz mène en parallèle une carrière d’animateur et d’humoriste, et ça paraît. Il prend sur ce nouvel album beaucoup d’espace et est très expressif, voire agressif dans son flot. Ça pétille, pour le meilleur et pour le pire. Rarement seul au micro, le rappeur a invité quelques membres de son label, dont Soké, Karma Atchykah, les Freshmakers… D’ailleurs, Silence d’or organise un concert de fin d’année au Club Soda le 21 décembre (26,50 $ avec les frais) avec plusieurs de ses artistes.


Dirty Taz - J'ai tout donné (mp3)

Si Dirty Taz rappe au deuxième degré, le Montréalais Baxter Dexter, lui, joue la carte sérieuse. Sur SMS, son premier disque, le MC se montre comme un dur, un vrai, un tombeur. Dans le livret, on le voit compter des billets de 100 $ en fumant un cigare Kohiba avec un verre de cognac Rémy Martin Louis XIII. Cliché, certes, mais tout de même efficace. Baxter Dexter offre des pistes d’une école rap plus électro, comme Confortable, qu’on dirait tirée du dernier disque solo de Kanye West. Ce qui n’est pas si vilain. Ici et là, le personnage a ses contradictions (il est fidèle ou il veut toutes les avoir ?), mais Baxter Dexter ne commet pas de péchés mortels. Avec ses 18 titres pour plus d’une heure de musique, SMS aurait mérité d’être condensé et aurait gagné à compter des mélodies velcro.


Baxter Dexter - Bruit (mp3)

Même s’il est régulièrement la cible des moqueries des rappeurs d’ici pour son hip-hop très grand public, Sir Pathétik reste celui qui réussit le mieux dans ce milieu musical, statistiquement parlant. Il vient d’ailleurs de faire paraître une compilation intitulée 100 000 fois merci, en référence au nombre d’albums qu’il a vendus depuis 2000. Ce n’est pas rien, mais il faut aimer son style acoustique, simple (faire rimer « belle » avec… « belle »), voire enjôleur. Si c’est le cas de votre ado ou de la petite nièce, voici un disque aisément glissé sous le sapin qui vous vaudra quelques « mercis » de plus.


Sir Pathétik - T'aimes un Bad Boy (mp3)
 

Sur Internet


Trois ans après avoir lancé son dernier disque, Comme à la télévision, le groupe Omnikrom fait un retour avec un mixtape gratuit, joliment intitulé Pitché dans le WOW. On retrouve avec un certain plaisir les éternels adolescents Jeanbart et Linso Gabbo, qui multiplient encore les références pop - sur Nike, sur les cassettes Nintendo poussiéreuses, sur le « YOLO » et on en passe. Pas de révolution de ce côté. Par contre, grâce à de nouveaux collaborateurs, dont Tommy Kruise, Omnikrom a un tout autre visage musical. C’est moins cliché et rose bonbon fluo, plus contrôlé et plus riche. En plus, Pitché dans le WOW se termine avec un sympathique clin d’oeil à Soul pleureur, de Dubmatique. www.omnikrom.net pour télécharger.


Omnikrom - Ces gars-là (mp3)

Dans un genre plus posé, DJ Naes vient de faire paraître un EP fort intéressant sous le nom de Toast Dawg. (Re)connu pour son travail avec Atach Tatuq et Traumaturges, le DJ montréalais offre sur The Love Loop six titres raffinés, atteignant un très bel équilibre entre le rythmique et le mélodique. Parsemées d’échantillons, ces instrumentales sont assez variées, mais pas disparates. Du très bon son à s’offrir, de soi à soi avec beaucoup d’amour (et 5 $).


Toast Dawg - Deer Hunter (mp3)


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À télécharger au www.nostomania.bandcamp.com.