Coffret - Raretés opératiques

Parmi les publications en coffrets ces dernières semaines, celui, paru chez EMI, regroupant 11 opéras en 11 CD est sans doute le plus original. Voici pourquoi…


Il y a fort à parier que le titre 11 Kurzopern (EMI 11 CD 4 64314 2) n’attire pas grand monde. Le coffret aurait aussi pu s’intituler « 11 einakter », ce qui, en allemand, veut dire 11 opéras en un acte. Ce genre, de l’opéra en condensé, ne s’est pas perdu : The Old Maid and the Thief de Menotti va être représenté bientôt à Montréal pour la seconde fois en dix ans.


Ici, il s’agit très majoritairement de singspiele (pièces de théâtre chantées), un genre de l’opéra allemand du XIXe siècle issu de l’opéra-comique français. La direction artistique d’Electrola, la branche allemande d’EMI, avait réalisé entre 1972 et 1978 une grande anthologie de ces opéras en un acte largement délaissés.


L’éditeur misait notamment sur un vivier de chanteurs d’opéras populaires auprès du public germanophone : les sopranos Edda Moser, Anneliese Rothenberger et Helen Donath, les ténors Nicolai Gedda (un peu vieilli), Peter Schreier et Adolf Dallapozza, Dietrich Fischer-Dieskau, Walter Berry et Hermann Prey en barytons et Kurt Moll en basse. Autant dire qu’il n’y a pas vraiment de problèmes au niveau de la qualité du chant ! Parmi les chefs, on trouve Wolfgang Sawallisch, Heinz Wallberg et Otmar Suitner.


Découvertes


Chaque opéra occupe un CD, dont la durée est donc dictée par celle de l’oeuvre (de 37 à 74 minutes). Les documents ont été rares au CD. Tombés dans l’oubli, ils avaient été réédités sous licence par CPO en disques séparés en 1998. EMI a désormais récupéré les droits, a enlevé le maillon faible de l’édition CPO (Le devin du village de Rousseau) et n’a gardé que les ouvrages germaniques, ajoutant deux einakter de Mozart : Bastien et Bastienne et Der Schauspieldirektor, où Peter Ustinov joue le rôle parlé du directeur de théâtre.


Tout pour nous, ici, est à découvrir, avec, en tête, un quatuor d’ouvrages : Abu Hassan de Weber, Die Heimkehr aus der Fremde (Le retour d’au loin) de Mendelssohn, Die Opernprobe (La répétition d’opéra) de Lortzing et Die Verschworenen (Les conjurés) de Schubert. Mais le reste présente aussi de l’intérêt : un autre Schubert, Die Zwillingsbrüder (Les jumeaux), Die Abreise (Le départ), comédie inattendue de l’habituellement pédant Eugen d’Albert, vaut largement le Menotti que Montréal aime tant. Par contre, Le Cadi dupé de Gluck, en traduction allemande, est un peu égaré ici.


Deux Mozart, deux Mendelssohn, trois Schubert, le Weber et le merveilleux Lortzing - une satire sur l’opéra - constituent de vrais exemples de singspiele, ce genre intermédiaire de l’histoire de l’opéra allemand entre Mozart et Wagner. Mais la rareté des oeuvres et de la discipline méritait, malgré le prix économique du coffret, une notice introductive.