Travelling Love d'Elisapie - L’amour voyageur et la danse contagieuse

Elisapie chante, conte, raconte et susurre la grandeur et les travers de l’amour, fait traîner sa voix et laisse pénétrer les silences de quelques mélancolies.
Photo: Raphaël Ouellet Elisapie chante, conte, raconte et susurre la grandeur et les travers de l’amour, fait traîner sa voix et laisse pénétrer les silences de quelques mélancolies.

C’est le disque le plus pop depuis le début de la carrière d’Elisapie Isaac. C’est aussi le plus dansant. Mais il reste les espaces planants et le folk de proximité que la muse boréale s’accorde encore. À cela s’ajoute une création qui s’alimente des années 1970, pour mieux plonger dans l’avenir, et surtout le voyage d’une raconteuse à travers toutes les phases de l’amour.

« L’amour, on ne peut pas le posséder, c’est quelque chose qui bouge constamment, en mouvement tout le temps », résume Elisapie à propos de Travelling Love dans les notes de pochette. En entrevue, elle en rajoute : « Il s’agit de l’amour en général, pas nécessairement celui avec un homme. Je pense qu’on est très complexés par rapport à l’amour parce qu’on est des êtres compliqués. Pourtant, c’est l’affaire la plus pure et la plus vraie. C’est comme si on se refaisait toujours à travers elle. »


Elisapie chante, conte, raconte et susurre la grandeur et les travers de l’amour, fait traîner sa voix et laisse pénétrer les silences de quelques mélancolies. Mais elle danse et fait sautiller, simplement, sans intellectualiser : « Plusieurs me voient comme une fille très spirituelle qui parle lentement. Je deviens comme un exemple de ce que l’humanité devrait être parce que je suis autochtone. Mais non, les Inuits sont les gens les plus rigolards, qui aiment danser et faire des niaiseries, de bons vivants qui ne sont pas dans l’intellect. »


Au tout début de Travelling Love, l’amour voyageur se donne un air planant avant d’être rapidement plongé dans une pop très mélodique interprétée par une voix délicate et contagieuse. La small town girl met la table en racontant son amour des autres espaces : « She had to go. Move to a different drum ». On bouge en plongeant dans le temps, quelque part dans les années 1970. Plus tard, Elisapie refera le coup, mais avec une dose de mystère intemporel, d’accents minimalistes au piano, des notes de banjo et d’ukulélé.


« Les tounes plus pop du disque ont été très inspirées par le côté pas compliqué et accrocheur des années 1970, de même que par mes plaisirs coupables, comme les Cars, Supertramp et Fleetwood Mac. L’inspiration vient de loin, mais en même temps, c’est super important pour nous de ne pas recréer le temps. Nous voulons plutôt le mélanger pour que ça sonne au futur quand même. »


Il y a aussi les collaborateurs. À commencer par Manuel Gasse et Gabriel Gratton, les deux multi-instrumentistes avec qui Elisapie tourne depuis trois ans, qui ont ajouté leur sensibilité à la composition de presque toutes les pièces de l’album. Puis, sont venus Éloi Painchaud et le claviériste karkwaïen François Lafontaine, les deux réalisateurs, qui ont mélangé leur folk intense et les passages atmosphériques à l’énergie de la danse. Le guitariste Brad Barr a ajouté une autre touche de la densité en country folk, alors que Jim Corcoran a aussi veillé au grain : « Il est venu à la fin pour assurer que tout était beau dans les textes. Il m’a aidé à les finir », raconte Elisapie.


Pour Travelling Love, elle a surtout opté pour la langue anglaise : « Ce n’est pas un album multilingue et il n’y a que deux passages en inuktitut. Je flirte toujours avec mes trois langues et, cette fois-ci, j’étais rendue au stade de faire un album dans une seule langue. Le prochain album sera peut-être totalement dans une autre langue. »


Elle sort son inuktitut très intimement au son d’une guitare folk dénudée et de quelques notes de piano dans la pièce Salluit, du nom du village de son enfance. Elle se laissera aussi pénétrer par les voies de la confidence dans It’s All Your Fault, un superbe hommage à Leonard Cohen, à la Cohen, avec quelques boucles rythmiques en prime. À la fin du parcours, la belle du Nord nous laisse avec la pièce-titre livrée très organiquement par phases avec des montées planantes et la voix qui s’élève doucement vers le ciel. Et vers d’autres voyageries de l’amour.


 

Collaborateur