Les chuchotements de la Perse profonde

L’un des plus importants compositeurs et instrumentistes iraniens contemporains, Hamid Motebassem, a conçu le spectacle Zemzemeh ha, qui signifie « chuchotements ».
Photo: Festival du monde arabe L’un des plus importants compositeurs et instrumentistes iraniens contemporains, Hamid Motebassem, a conçu le spectacle Zemzemeh ha, qui signifie « chuchotements ».

Sepideh Raissadat, jeune chanteuse lumineuse de musique savante persane, livrera dimanche soir à la salle Pierre-Mercure ses délicates ondulations vocales au son de l’Ensemble Mezrab, un groupe de musiciens de l’actuelle génération sous la direction d’Hamid Motebassem, l’un des plus importants compositeurs et instrumentistes iraniens contemporains. Pour les musiciens de Mezrab, il a conçu le spectacle Zemzemeh ha, qui signifie « chuchotements ».

Virtuose du tar et du sétar, Motebassem a aussi fondé l’Ensemble Dastan, le plus reconnu des groupes persans sur la scène internationale. « Mezrob est conçu autour de quatre instruments à plectre et une percussion, relate-t-il. Comparativement à Dastan, l’ensemble est composé de musiciens plus jeunes et sa formule est moins traditionnelle. Si Dastan est très mature, Mezrab offre d’autres possibilités à cause de l’énergie de ses participants. »


À la base de la musique des deux ensembles, des ornements subtils, des emportées rythmiques et beaucoup de finesse dans le radif, le système qui permet de déterminer le mode à partir duquel les musiciens improvisent fréquemment. Le radif est à la musique persane ce que le raga est à la musique indienne, et dans ce type de répertoire la poésie occupe souvent une place prépondérante.


Cela sera le cas dimanche soir, alors que l’Ensemble interprétera des poèmes d’Akhavan Sales et de Mohammad Reza Shafi Kadkani, l’un des plus importants écrivains iraniens actuels et auteur de Zemzemeh ha -Chuchotements, le poème titre du concert. À l’instar des poètes soufis médiévaux tels Rûmi ou Hâfez, l’oeuvre peut évoquer l’amour du mystique ou l’amour charnel. « C’est la personne qui écoute qui fait son interprétation du poème. Ici, je pense que l’histoire du poème est celle d’une relation amoureuse avec une personne qui a existé et j’ai composé la musique en conséquence, mais un autre compositeur pourrait l’interpréter autrement », explique Hamid Motebassem.


Sa soeur Tahereh Motebassem, présente à l’entrevue, tenait à livrer sa perception du spectacle : « Sepideh Raissadat parvient à dire en chantant ce qu’Hamid veut exprimer en musique. Dans ce sens, c’est une révolution de la musique iranienne. En écoutant la voix, on parvient à comprendre ce que sont le soleil, les reflets de la mer et le sentiment de l’amour que révèlent les poèmes. »


Sepideh Raissadat fut la première femme à se produire en solo en Iran après la révolution de 1979. À l’époque, cela n’était pas permis : « J’étais jeune et non consciente de la portée politique de mon geste. En Iran, tout est permis sans être permis. » Aujourd’hui installée à Toronto, Sepideh Raissadat a appris son art de Parisa, Parviz Meshkatian et Mohammad Reza Lotfi, des maîtres accomplis du radif. Elle en offrira les chuchotements sensibles et la grandeur éthérée.


 

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