Comme une ride de poney sans fin

Lisa LeBlanc a 22 ans, mais toute une vie de clubs dans le corps.
Photo: Marie-Hélène Tremblay Le Devoir Lisa LeBlanc a 22 ans, mais toute une vie de clubs dans le corps.

« On se reverra, Flavie », dit Lisa LeBlanc à son poney. Ou plutôt, sa ponette. Flavie la ponette. Laquelle ne comprend pas très bien l’accent acadien. La fillette spadoise qui s’occupe des promenades en poney non plus. Qu’importe, le langage du coeur est universel. Lisa est contente et se contrefiche du (très léger) ridicule de la situation comme de sa première paire de bottes Boulet : oui, c’est une activité pour enfants, et puis alors ? « Je capotais ben raide ! », s’exclame la jeune femme au bout du fil, évoquant l’expérience quatre mois plus tard. « J’avais une petite heure de libre avant de faire un des Bars en folies [six spectacles en cinq jours aux Francos de Spa], et quand j’ai vu Flavie, ç’a été comme… love at first sight. C’était ma première ride à vie, j’étais juste heureuse comme une p’tite cowgirl. » Sur l’air de « J’suis pas un cowboy/Mais j’aime ça prétendre que je l’suis… »

On peut voir la chevauchée fantastique de Lisa LeBlanc en contrebas de la falaise au parc de Sept Heures sur YouTube dans le clip no 21 de la série Plans à trois, webisodes signés Pierre Demaillet et François Bertin de son premier périple outre-Atlantique. Tout son mois et demi de tournée européenne est ainsi documenté, suite de séquences rigolotes, d’extraits de spectacles et de good times. Le voyage a également été commenté à mesure par l’intéressée sur Twitter et Facebook : Francos de La Rochelle (« La Rochelle, chu là pis chu toute à toé man »), festival interceltique à Lorient (« Lorient, j’t’aime câlisse »), virée impromptue en Allemagne (« voir des Allemands chanter le mot marde avec moi : priceless »), c’est partout la même Lisa qui va de bonheur en bonheur. « Ce mois et demi, ça m’a fait du bien en sale. C’était beaucoup de shows, mais pas trop, avec des bouts de liberté. J’étais tellement dans le jus au Québec depuis la sortie de l’album. Brûlée. Trop, trop vite. »


En entrevue fin février pour la une de ce cahier, juste avant le lancement, je lui prédisais un avenir raisonnablement fulgurant. Dans deux ans, lui disais-je en trouvant que j’exagérais un brin, ils vont être 50 000 à entonner Aujourd’hui ma vie c’est d’la marde avec toi à la place des Festivals. Elle avait ri. En quatre petits mois, ça y était. Folie aux Francos. « Quand je checke back en mars, il y avait des signes. J’avais mis un commentaire sur mon mur Facebook après le lancement, genre, merci tout le monde, et puis, bing bang, trois mille “Like”. C’était quoi ça ? Et ç’a pas arrêté depuis. Mais moi, à un moment donné, j’ai juste tilté. J’ai arrêté de m’occuper de ma progression, tu comprends ? Contente tout le temps, mais pas pour virer folle. Un show, c’est un show, ça finit là. Fille, continue de faire tes affaires… »


Lisa LeBlanc a 22 ans, mais toute une vie de clubs dans le corps (avec sa maman pour l’amener et la ramener, du temps de sa minorité). De quoi avoir les bottes Boulet bien plantées sur les planches. « Quand quelqu’un me regarde bizarre, je lui dis : Arrête-moi ça tout de suite, le trip de vedette, c’est pas moi, je viens du fond du bois… » Elle relativise : « C’est pas mal chill, quand même. Mon genre de texte, ma façon de parler et d’agir, ça inspire plus une ambiance chummy avec tout le monde. Y a pas encore de crazy bastards qui me suivent partout, tu sais ? » À part moi, évidemment. « C’est ça, à part toi… »


N’empêche qu’après la place des Festivals, les Plaines à la Saint-Jean-Baptiste, Tadoussac, Saint-Tite, Saint-Prime, le disque d’or pour les 40 000 exemplaires de l’album, la première saucette en Europe, et juste avant la grande valse des accolades, nomination au prix Écho de la SOCAN, potentiel triomphe au prochain Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (six fois en lice), consécration à l’horizon de l’ADISQ (révélation de l’année, auteur ou compositeur de l’année, tout ce qui compte est à sa portée), on ne se surprend pas de trouver Lisa « réfugiée » dans son appartement montréalais. Momentanément.


« Joggings, hoodie du secondaire, Super Nintendo et films de Ninja Turtles. Une belle soirée qui s’annonce », écrivait-elle le 29 septembre sur son mur Facebook. « C’est bon de faire un shut down, mais pas longtemps, nuance-t-elle. Se retrouver toute seule, j’en ai besoin, mais c’est weird, aussi. C’est pas long que je sors, comme pour aller au lancement de Louis-Jean [Cormier, faut-il préciser, le réalisateur de son album]. J’suis pas Amy Winehouse, j’ai mon monde pour pas perdre le fil, mais ma place dans la vie, c’est quand même sur un stage. Et j’ai des shows bookés jusqu’à je sais plus quand, c’est parfait… » Comme une ride de poney sans fin.


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Un docu, déjà

« Portrait intime de la chanteuse folk trash Lisa LeBlanc », propose MusiMax, à qui l’alignement des planètes dans le ciel automnal de l’Acadienne n’a pas échappé. Une première montréalaise à guichets fermés, des nominations à la pelletée et une performance à la clé au gala de l’ADISQ, en gros le triomphe annoncé à la fin d’une année plus qu’exceptionnelle, voilà qui justifiait un topo plus élaboré. D’où ce portrait qui fait partie de la « programmation spéciale » menant à la diffusion de l’Autre Gala de l’ADISQ (le 22 octobre, à MusiMax et MusiquePlus).

On a donc vite fait pas trop mal fait une émission d’une demi-heure avec ce qu’il y avait sous la main. Images du lancement de l’album en mars avec entrevue-minute de Nicolas Tittley, clips de Cerveau ramolli et d’Aujourd’hui ma vie c’est d’la marde, lot de performances glanées en vrac aux Francos de Spa, tout ça autour d’une entrevue de routine : influences (clips de Stevie Nicks, Nirvana…), débuts sur scène, réaction au succès, on couvre décemment les bases. Mike Gauthier habille l’ensemble de repères biographiques, sur le ton d’un lecteur de nouvelles. Intime ? Honnête.

Dimanche 21 octobre à 13 h; 22 octobre à 19 h 30.