Concert choral - Retour aux racines

La Société arts et culture de Saint-Placide, en association avec Orgues et couleurs, dont ce concert constituait un événement hors série, a eu la bonne idée de mettre au programme la reprise de la Grand-messe du citoyen d’honneur de la ville, Gilles Vigneault. Ce dernier n’était pas parmi les auditeurs samedi, mais devait faire acte de présence lors du concert de dimanche après-midi. Cette « Grand-Messe de Gilles Vigneault » est en fait oeuvre conjointe de Gilles Vigneault et de son pianiste et arrangeur, Bruno Fecteau, décédé en 2011.

Alors que la création, à Québec en 2008, mettait en oeuvre un grand orchestre symphonique, la reprise à Saint-Placide proposait la configuration avec accompagnement d’orgue. Le procédé consistant à décliner une oeuvre sacrée en plusieurs moutures existe pour d’autres partitions, le Requiem de Duruflé, par exemple. La chose est d’autant plus de circonstance que la Grand-messe de Gilles Vigneault frappe avant tout par sa potentielle utilisation liturgique. C’est une oeuvre de racines, d’une foi humaine et d’une foi en l’humain, celles qui ont forgé notre société. Cette quête des sources s’exprime aussi par le recours initial et ultime à des paroles en innu, en hommage aux premières nations.


Oeuvre de poète, oeuvre pour le peuple, plus que pour la Maison symphonique, la Grand-messe de Gilles Vigneault repose sur une réappropriation fine et sensible du texte liturgique. Vigneault évacue l’idée condescendante de pitié dans le Kyrie en l’habillant des mots « Seigneur montre-nous le chemin, qui mène au meilleur de nous-même ». Partout, ces touches, ces apports poétiques et cet élargissement du message sont lumineux. Musicalement, nombre de parties s’achèvent par de franches affirmations. Le reel, signature de Vigneault, trouve naturellement sa place dans l’Alleluia.


Oeuvre chaleureuse, lumineuse, humble et pragmatique la Grand-messe de Gilles Vigneault - magnifiquement défendue par les solistes et choristes, samedi - devrait trouver sa place en des occasions festives dans nos paroisses. C’est « notre » messe, comme maintes chansons du poète national - dont quelques-unes, en arrangement choral, ont été présentées en première partie de concert - sont devenues les chansons de notre patrimoine.