Musique classique - Beatrice Rana : davantage qu’une lauréate

La rentrée discographique québécoise s’est concentrée en deux semaines. En trois mardis, entre le 11 septembre et aujourd’hui, nous avons reçu le nouveau Marie-Nicole Lemieux, le nouveau Karina Gauvin, le premier disque de Philippe Sly, celui de Stéphane Tétreault, Alain Lefèvre jouant Dompierre, le Ring de Wagner vu par Robert Lepage en vidéo, le Don Giovanni de Nézet-Séguin et… le CD de Beatrice Rana. C’est ce dernier qui nous paraît mériter un coup de projecteur prioritaire le jour même de sa sortie.

Beatrice Rana est italienne, montréalaise de coeur puisqu’elle s’est fait connaître internationalement en remportant ici, en 2011, le Concours musical international. Le disque qui paraît mardi chez ATMA était inclus dans la panoplie des prix récoltés par la jeune artiste âgée de 18 ans. Mais ce CD n’a rien d’un de ces vanity records sans autre aura ou importance que celui d’une carte de visite sonore.


Le couplage des Préludes de Chopin et de la 2e Sonate de Scriabine par Beatrice Rana a une réelle portée sur le marché discographique et témoigne d’une vraie personnalité musicale qui n’est pas sans évoquer celle des grands lauréats du Concours Chopin (Argerich, Pollini) juste après leur victoire.


Ne me faites pas dire que Beatrice Rana est la nouvelle Argerich. On en a assez des nouvelles Callas ou des nouveaux Gould, artistes dont des thuriféraires aveuglés ont imposé comme tables de la loi les partiales et personnelles visions au point de tétaniser et décourager bon nombre d’interprètes. Le jour où sortent les Préludes de Chopin de Beatrice Rana, d’aucuns célèbrent le 80e anniversaire de Glenn Gould. J’y vois le signe salutaire qu’il est temps de passer le témoin et de penser à autre chose.


Les Préludes de Chopin au disque c’est Cortot, Perlemuter, Argerich, Tharaud, Philippe Giusiano et quelques autres. Beatrice n’abat pas les chênes ; elle plante le sien à côté. Il y a un son, une patte, un souffle (Prélude 16, fabuleux !), du romantisme (Prélude 4), des élans superbes (Prélude 19) et une vraie apothéose dans l’ultime 24e Prélude. Bref, il y a tout ce qui fait une grande interprétation.


On aurait tant aimé qu’Atma, dans sa mise en plage, ait l’idée - pourtant évidente - de faire une pause entre le 24e Prélude et les deux Préludes « annexes », afin de marquer la fin du cycle. Mais cela n’empêche pas le constat suivant : dans notre rentrée discographique, le CD de Beatrice Rana est encore au-dessus de ceux de Philippe Sly, Yannick Nézet-Séguin et Marie-Nicole Lemieux. Quant aux autres parutions, nous vous en entretiendrons vendredi.

Chopin - Prélude No 18


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