Leçons de vie pour fiston

Pour un quatrième album consécutif, Paul Cargnello chante surtout en français. Il offre deux titres en anglais, mais aussi deux en créole.
Photo: François Pesant Le Devoir Pour un quatrième album consécutif, Paul Cargnello chante surtout en français. Il offre deux titres en anglais, mais aussi deux en créole.

Soupir de soulagement, la recherche s’est avérée presque vaine. Ce Papa Paul n’aborde pas vraiment la paternité de manière frontale, au premier degré. Cargnello s’est fait plus subtil. Il ne semble pas être le genre de gars à mettre la photo de son fils comme avatar de son propre profil Facebook.

« C’est pas vraiment un album qui parle de mon fils ou de ma vie parentale, ce que ça représente pour moi, explique l’amateur de blues et de rock devant un thé vert. J’ai surtout composé et enregistré le disque pendant une année off que j’ai passée avec mon fils. Tout le monde m’avait averti que ça serait problématique, que je ne pourrais pas composer, que ça serait difficile d’être créatif. Mais c’était le contraire. J’étais hyperproductif. »

Mais le lien parental se retrouve bel et bien sur l’album, explique Cargnello au fil de la discussion. D’abord, Declan était là lors de l’enregistrement maison de ce disque. « Il ronfle, il crie, il rit, il chante même sur Oh Jo, le band est à toi », dit le guitariste. Mais surtout, ces 13 nouveaux morceaux prennent la forme de leçons de vie. Papa Paul semble davantage un album pour son fils que sur son fils.

On oscille ici entre les chansons d’amour - comme l’efficace L’effet que tu me fais - et les pièces sombres comme Le sang et les larmes, sur la mort du rappeur Bad News Brown. Parce que la vie est faite de joies et de tristesses, et que Cargnello veut en quelque sorte préparer son fils à la dure réalité. « Je pense que c’est important de comprendre cette dichotomie-là dans la vie, dit Cargnello. Récemment, Ève Cournoyer, qui était une amie proche, est morte. Le jour après, j’étais très, très triste, c’était difficile pour moi. Mais j’étais avec mon fils, et j’ai braillé des fois, mais j’ai pas caché ma tristesse à mon fils. Je lui ai expliqué que mon amie était morte. Je crois que c’est important, même à trois ans, qu’il entende des choses comme ça. Parce que la vie est dure, il y a des défis. Il y a des choses qui durent et d’autres pas. Et il faut comprendre cet équilibre-là, et qu’on se prépare émotionnellement pour ces choses-là. »

 

Haïti, mon amour

Pour un quatrième album consécutif, Paul Cargnello chante surtout en français. Il offre deux titres en anglais, mais aussi deux en créole, en plus de consacrer un morceau à Haïti. L’année où il a enregistré Papa Paul suivait celle où un tremblement de terre a durement frappé l’île. « J’ai donné de l’argent, j’ai fait des concerts-bénéfices, j’ai travaillé avec des organisations haïtiennes, et wow, ça m’a marqué. Et je pense que la même chose qui m’avait motivé à chanter en français me motive aujourd’hui à chanter en créole. C’est une grande communauté ici, et il y a très peu de chanteurs francos qui essaient de… I don’t know, ouvrir les bras à la communauté haïtienne. »

Le chanteur, qui résume sa musique à l’expression « rock reggae revolution », a pratiquement enregistré tout son nouveau disque en solo à la maison, avec seulement deux micros. Un retour forcé à la simplicité, après les déboires de sa maison de disque Tacca. Mais l’étiquette hip-hop Silence d’or a bien voulu de la musique de Cargnello, même si la production de ce disque est toute simple.

« J’ai enregistré deux albums commerciaux dans un beau studio, avec le bon mastering, et rien n’a joué sur les radios, confie Cargnello. Là, la pièce L’effet que tu me fais, qui est lo-fi, est déjà acceptée par des radios commerciales et est en rotation forte à Musique Plus. Silence d’or prend des risques, c’est du hip-hop, ils sont habitués de pas avoir le côté médiatique, le côté visible. » Et là, ça paye. Une autre leçon de vie pour nous tous, peut-être.


Paul Cargnello - L'effet que tu me fais