L’opéra côté jardin

L’Opéra de Montréal présente, à partir de la mi-septembre, le dernier volet de La traviata de Verdi.
Photo: Opéra de Montréal L’Opéra de Montréal présente, à partir de la mi-septembre, le dernier volet de La traviata de Verdi.

Des soirées lyriques entre fleurs et assiettes: c’est ce que les mélomanes pourront apprécier vendredi et samedi au restaurant du Jardin botanique, où l’Opéra de Montréal s’invite le temps de brefs récitals en plein air puisant dans la crème du répertoire classique: Verdi, Wagner et tutti quanti.

Qui a dit que l’opéra n’avait pas droit, lui aussi, à une échappée belle en pleine nature? Après le jazz, la musique du monde et la chanson française, voilà que la terrasse verdoyante du Jardin botanique se marie à l’opéra, un art auquel on reproche souvent de se confiner à des salles austères, voire obscures. Serait-ce donc là un moyen de rejoindre dans sa sensibilité un public attentif, car détendu, autrement dit conquis d’avance?


«Le Jardin est un lieu enchanteur, inusité, qu’on voulait habiter pour mieux inspirer les gens», répond Guillaume Thérien, directeur des ventes et du marketing à l’Opéra de Montréal, qui a élaboré le projet. Difficile, en effet, d’espérer trouver un endroit plus zen pour entonner les airs du Vaisseau fantôme de Wagner ou de la célèbre Traviata de Verdi, une adaptation musicale du roman La dame aux camélias de Dumas fils qui ramène à la fragilité et à l’éclat de la nature.

 

Trois prestations


Ce Jardin lyrique, une série de trois prestations informelles mises en scène avec un brin de coquetterie propre à l’opéra, est donc l’occasion pour les deux institutions montréalaises de «rapprocher les gens de la nature» tout en titillant leur curiosité pour l’art lyrique. «On a un public curieux, qui porte une attention particulière aux émotions et aux sens, analyse M. Thérien. Les gens sont dans un environnement parfait pour qu’on puisse leur livrer notre message.»


La formule 4 à 8 de style bistro, déjà éprouvée depuis trois ans par le Jardin botanique durant l’été, promet de plaire autant aux familles qu’aux travailleurs, qui pourront s’évader à bonne distance des trottoirs grâce aux trémolos de sopranos, mezzos et barytons. À raison de quatre prestations d’une vingtaine de minutes par heure chaque soir - le reste du temps étant comblé par de l’animation et de la musique -, trois chanteurs stagiaires et une pianiste de l’Atelier lyrique ratissent les perles du répertoire classique, dont plusieurs oeuvres de Giuseppe Verdi.


Offert gratuitement en plein air, le Jardin lyrique se veut aussi un pot-pourri de la saison 2012-2013 de l’Opéra de Montréal, dévoilée au printemps dernier. «On prend les thèmes, les valeurs, l’histoire de chacune des pièces et on essaie de les traduire et de les transposer dans les lieux publics.» Ce désir de vulgarisation plus achevée a pour but de «démocratiser» l’opéra, dont la figure plus formelle rebute encore bien des amoureux de musique.


Si cette sortie côté jardin est inédite pour l’Opéra à Montréal, ce n’est pas la première fois qu’il joue de fantaisie pour prouver que l’art lyrique n’est pas si hermétique. «L’opéra est un peu partout. Je suis moi-même fanatique de Looney Tunes, j’ai grandi avec Bugs Bunny. Quand on écoute les trames sonores, c’est du Wagner. Disney, c’est du classique, illustre M. Thérien. Le problème, c’est que l’opéra a une étiquette souvent élitiste, mais au contraire, on le connaît bien plus qu’on l’imagine.»


D’autres grandes maisons d’opéra du monde se font d’ailleurs un devoir de sortir des salles, une preuve, selon lui, qu’il faut «habiter les lieux mythiques pour forger un sentiment d’appartenance» à l’opéra de chez nous. À New York, le Metropolitan Opera offre des récitals dans Central Park l’été, tandis que l’Opera Australia a présenté La Traviata, en mars dernier, sur une scène flottante au milieu du port de Sydney.


Des chanteurs costumés


L’ambiance du Jardin lyrique sera un peu dans cette veine puisque les chanteurs seront costumés et se promèneront entre les tables, recréant un effet cabaret. La terrasse aura quant à elle l’allure d’un petit théâtre, avec rideaux et tapis rouges. «Les chanteurs vont apparaître, surprendre les spectateurs. Ce ne sera pas un spectacle passif.» Le mot d’ordre reste donc la spontanéité, laquelle peut «capturer l’émotion à vif chez les gens», croit M. Thérien.


En témoignent d’ailleurs les quelques bouches bées saisies sur la vidéo promotionnelle, filmée en août dernier au Jardin botanique, où l’on voit deux chanteurs déguisés en employés pousser la note à l’improviste, un arrosoir à la main.


Et comme un 4 à 8 ne va jamais sans bonne chère, ceux qui passeront à table auront, outre la carte habituelle de cocktails et de tapas, le choix d’ouvrir une boîte dégustation dite «Opéra», où fromages du Québec, macarons salés au foie gras et dattes farcies au chorizo joueront du coude. Voyons, qui a dit que l’opéra n’était pas un plaisir?

1 commentaire
  • Francois Parent - Inscrit 7 septembre 2012 07 h 54

    Magnifique

    Quelle belle réalisation. C'est bien pensé. Bravo.