10e FME - Du trottoir à la plage

L'une des scènes du festival.
Photo: Philippe Papineau L'une des scènes du festival.
Au quatrième soir du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME), les genoux sont un peu plus mous et les oreilles usées de décibels. Depuis jeudi, nous passons de salle en salle, du centre de Rouyn jusqu’au vieux Noranda de l’autre côté du Lac Osisko, en passant devant l’hôpital (et son pratique guichet automatique dans le lobby) et à côté de l’aréna Dave Keon, fraîchement rénové.
 
Mais dimanche, nos routines étaient un peu bouleversées par l’ajout d’une nouvelle scène pour le spectacle de clôture du FME, qui fête cette année son dixième anniversaire. Et quelle scène. À une quinzaine de minutes de marche du cœur de la ville se trouve la plage Kiwanis. Les organisateurs ont eu l’idée un peu folle d’y monter une scène sur pilotis par-dessus l’eau, laissant alors la foule les pieds dans le sable et dans le gazon, avec une vue franchement jolie sur l’étendue d’eau et sur les arbres tout autour.
 
Le clou de cette soirée était le spectacle de Jean-Pierre Ferland et de Dumas, précédés par Bernard Adamus venu offrir quelques exclusivités de son prochain disque, dont on vous reparlera très prochainement. Le FME a attiré avec ce spectacle gratuit une vaste foule, plus variée que celle du festival. Alors que le soleil s’éteignait doucement, Adamus a dérouillé la galerie avec ses chansons blues-folk et sa voix rauque, plus usée qu’à l’habitude dimanche. Le grand guitariste a oscillé entre ses pièces plus brutes, comme Rue Ontario, et des nouvelles balades plus touchantes, montrant ainsi le potentiel de son nouvel ensemble de musiciens, où régneront les cuivres.
 
Loud Lary Ajust

Tout de suite après Adamus, nous nous sommes sauvés de cette bulle de nature vers l’Agora des arts, où jouait le groupe rap montréalais Loud Lary Ajust, qui obtient les bonnes faveurs de cette scène musicale. Formé de deux MC et d’un DJ–comme le dit la chanson —, le groupe mélange à grand coup de fouet le français et l’anglais sur des rythmes lourds à saveur électronique. Malgré une sonorisation difficile en début de spectacle, la foule a répondu avec force, plusieurs amateurs connaissaient même les paroles sur le bout des doigts. Puis le son a gagné en précision, et le groupe a perdu en nervosité.
 
Le temps de prendre un peu d’énergie et de gras saturé au classique greasy spoon Chez Morasse, nous avons manqué la prestation de Koriass, dont on vous a déjà dit du bien lors de son passage aux FrancoFolies plus tôt cet été. Dehors, on entendait au loin Ferland nous dire «envoèye à la maison», mais ce n’était pas encore tout à fait le temps.
 
Loco Locass

À notre retour à la salle, c’était déjà Loco Locass qui était sur les planches dans le sauna de l’Agora. La jeune foule, chargée à bloc, buvait les paroles politiques du groupe, qui résonnaient d’autant plus pour certains à deux jours du scrutin provincial. Évidemment, le trio a clôturé son spectacle avec sa sempiternelle Libérez-nous des libéraux, Batlam lançant avec confiance à la foule que «c’était la dernière fois» qu’il la faisait. À voir mardi soir, donc!
 
Plus tôt dans l’après-midi lors des 5 à 7, nous sommes tombés sur Louis-Philippe Gingras, un gars de Rouyn-Noranda, qui s’est fait remarquer au dernier festival en chanson de Petite-Vallée. Entre textes touchants et comiques, parfois les deux à la fois, Gingras a eu quelques courts blancs de mémoire, mais l’énergie y était. Accompagné de Dany Placard – qui a réalisé son mini-album –, l’Abitibien a fait sourire quand il a chanté «Gatorade, j’veux qu’tu m’aides» ou quand il a repris Méo penché des Jérolas. Une belle découverte.
 
En même temps, à quelques portes de là, la Française Ladylike Lily y allait d’une pop riche. Une fleur rouge dans les cheveux, avec un regard timide et mystérieux, la jeune chanteuse séduit à défaut de surprendre. On est vraiment dans les terres d’Émilie Simon. Mais quand le groupe s’y met, entre autres quand ils sont à deux sur la batterie, Ladylike Lily tient davantage la route.
 
Parlant de route, elle s’achève ici pour ce 10e FME. Rendez-vous mardi dans les pages du Devoir pour un bilan officiel, ou alors au prochain week-end de la fête du Travail.

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