Le coup de poing Godspeed

Depuis le début du FME, jeudi, festivaliers et journalistes revenaient souvent sur le sujet. «Vas-tu voir Godspeed?» L'engouement était tel que le festival et le groupe avaient organisé une loterie pour les gens de l'industrie musicale, où seuls les pigés recevaient un laisser-passer pour être aux côtés des fans ayant acheté leurs billets.
 
Un peu après minuit, à l'Agora des arts, le groupe post-rock a foulé la scène de l'ancienne église. Sur les planches, huit musiciens: trois guitaristes, deux bassistes, une violoniste, un batteur et un percussionniste. Une sacré force de frappe. On savait que Godspeed aimait les ambiances ambigües et les progressions, et c'est exactement ce qu'il nous a livré. Le nom des chansons? Aucune idée. Combien  ont été jouées. On ne sait pas trop. Peu importe, même. 
 
Une jungle
 
C'était une forêt touffue. Une jungle peut-être. Un labyrinthe certainement. Et surtout un gros coup de poing. La musique lourde de Godspeed frappait au corps, triturait les flancs, plaquait le sternum. Ça vibrait, ça grinçait, ça courait doucement sous les braises avant de marteler et de brûler. En plus, l'éclairagiste Karl Lemieux, de Geodezik, était hissé au balcon et manipulait quatre vieux projecteurs 16 mm, avec lesquels il superposait en boucle des images hypnotisantes, dans les tons de beige et de noir. 
 
Si le sepctacle était bon? Ma foi, oui, dans le sens où le groupe a offert une expérience qu'on vit peu souvent. Non, personne n'a entonné de refrains accrocheurs samedi. La chair de poule venait plutôt de la communion. Tout le monde a reçu le même coup de poing et est sorti avec le même regard ébahi. Le corps et les oreilles meurtries. Amen.
 
Début en douceur
 
Plus tôt, au Paramount, les festivaliers étaient plongés dans une toute autre énergie pour Mesparrow, Julien Sagot et Marie-Pierre Arthur. C'est la Française Mesparrow et ses pédales d'effets qui ont ouvert la soirée. Chantant surtout en anglais, les épaules ornées de ce qui ressemblait à des plumes, la musicienne créait elle même ses structures musicales en enregistrant des boucles sonores sur lesquelles elle chantait. La formule est usée mais c'était livré avec efficacité. 
 
Julien Sagot, le percussionniste de Karkwa, est ensuite venu présenter son projet solo, où il offre une pop tourmentée et cérébrale. Sagot est un drôle de numéro: voix grave, présence molle, chansons inquiétantes pas encore assumées totalement... Si on sent qu'il aimerait de temps en temps disparaître pour laisser parler la musique, il reprend vie dès qu'il agrippe ses baguettes et ses tambours. La fin de son concert, endiablée, a racheté certaines maladresses du début. 
 
Quant à Marie-Pierre Arthur, elle a été à la hauteur de ce qu'elle nous avait montré aux dernières FrancoFolies. Un groupe solide – Joe Grass, François Lafontaine et José Major en tête —, une présence forte, des pièces remaniées mais toujours contagieuses, voici un concert à ne pas manquer s'il passe dans votre coin de pays. Ce n'est qu'après le concert que nous avons appris que la chanteuse avait quelque soucis de voix: on n'y a vu que du feu. Chapeau.

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