Jimmy Cliff, la renaissance de la légende

Aujourd’hui, Jimmy Cliff rayonne comme jamais en célébrant le jubilé de la Jamaïque, ses 50 ans de carrière.
Photo: Aram Kilimli Aujourd’hui, Jimmy Cliff rayonne comme jamais en célébrant le jubilé de la Jamaïque, ses 50 ans de carrière.

À l’été 1962, sa chanson Miss Jamaica était l’un des succès du mois d’août lors des célébrations de l’indépendance en Jamaïque. Cinquante ans plus tard, Jimmy Cliff s’amène au Vieux-Port pour célébrer le pays qu’il a contribué à faire connaître, armé de plusieurs de ses classiques et de Rebirth, le magnifique hommage à ses racines qu’il vient de faire paraître. C’est la renaissance de la légende, mais aussi le retour au son des années 1960, au ska, au rocksteady, au early reggae et au reggae roots avec des petits éclats de soul et de r b.

C’est comme si on y était, comme si les explorateurs sonores avaient dépoussiéré et restauré les vieux albums oubliés. Dès la première pièce, le coup de batterie, l’orgue et les basses fréquences alimentent les syncopes rapides du ska, presque comme du temps de Hurricane Hattie, le premier succès du jeune Jimmy, encore adolescent. Comment a-t-il réussi ce voyage dans le temps ? « On a utilisé les instruments qu’on utilisait à ce moment. On les a cherchés. On a aussi enregistré de la même façon qu’on enregistrait et tout le monde joue ensemble en temps réel sans multipistes », raconte la légende vivante.


Rebirth est donc un retour en plus d’une renaissance. « Oui, je pense que “ retour ” est le bon mot, précise Cliff. Rebirth représente aussi la révolution pour retourner au point zéro, tout recommencer, montrer aux gens les valeurs de cette époque. » La renaissance serait donc autant planétaire que personnelle ? « Tout à fait ! En décembre 2012, nous arrivons à la fin d’un cycle et la planète s’apprête à vivre des changements dramatiques, aussi bien politiquement, socialement, spirituellement et économiquement qu’écologiquement. Nous tenons ces enseignements des Anciens Égyptiens, qui les ont transmis aux Babyloniens, aux Tibétains et aux Mayas. Les transformations prévues se feront pour le mieux. »


Toute cette lumière est parfaitement perceptible sur Rebirth. La voix de ténor du reggaeman a conservé toute sa fraîcheur et la musique est le plus souvent cadencée sur des rythmes rapides : « C’est le ska avec son esprit upbeat qui caractérisait les années de l’indépendance du pays. Je pense que les gens ont besoin de ça maintenant », explique le pionnier.


Il y a aussi dans Rebirth ce sentiment d’urgence que la voix transmet avec émotion : une attitude punk qui ressort nettement en dépit de la douceur et qui s’explique par la présence de Tim Armstrong de Rancid à la réalisation du disque. « Le reggae et le punk expriment tous deux les mêmes choses », dit Cliff. Il y chante la guerre, la pauvreté et la maltraitance des enfants dans ce monde à l’envers. Si la pièce Bang rappelle en reggae rock le son des Clash de Sandinista, Guns of Brixton est une reprise tirée du disque London Calling, dans laquelle la bande de Joe Strummer évoquait Ivan, le personnage qu’interprétait Cliff dans The Harder They Come, le film qui racontait la dureté de l’industrie de la musique jamaïcaine et qui a fait connaître le reggae sur la scène planétaire, avant même Bob.


Cliff revient de loin. Si ses escapades plus pop n’ont pas fait l’unanimité, il demeure une légende vivante. Comme le soulignait Richard Lafrance la semaine dernière, Chris Blackwell lui a déjà proposé un plan de développement international qu’il a refusé, un projet que Bob Marley a par la suite accepté. Jimmy aurait aussi fourni à Bob l’occasion d’enregistrer sa première chanson. L’autre Bob, Dylan celui-là, a déjà dit que la pièce Vietnam de Jimmy fut la plus grande protest song de l’histoire. Quelques autres grandes chansons furent reprises par les Willie Nelson, Cher, New Order et consorts.


Aujourd’hui, Jimmy Cliff rayonne comme jamais en célébrant le jubilé de la Jamaïque, ses 50 ans de carrière et le 40e anniversaire du film qui a fait renaître sa planète. En respirant son propre printemps.


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Collaborateur