Musique classique - Fabien Gabel, nouveau visage musical de Québec

Le nouveau directeur musical de l’Orchestre symphonique de Québec, Fabien Gabel
Photo: Gaétan Bernard Le nouveau directeur musical de l’Orchestre symphonique de Québec, Fabien Gabel

Cette semaine, lors d’un concert en plein air, le chef français Fabien Gabel, 37 ans, a fait sa première apparition en tant que directeur musical de son nouvel orchestre, le Symphonique de Québec. Le successeur de Yoav Talmi a hâte de laisser son empreinte.

Les premières notes dirigées par le nouveau directeur musical de l’Orchestre symphonique de Québec, Fabien Gabel, ont été celles de l’ouverture du Carnaval romain de Berlioz. C’est convenu, comme un programme de l’OSM. Mais gageons qu’avec Fabien Gabel on n’en restera pas là. Le chef est assurément de ceux qui savent que Berlioz a composé d’autres ouvertures, il s’intéresse au répertoire et on se prend à discuter avec lui des oeuvres orchestrales de Friedrich Gernsheim (1839-1916), dont il veut programmer une symphonie, ou, en ce qui nous concerne, de Sigismund Neukomm, dont nous écoutions la Symphonie Héroïque au moment où il nous appelait, entre deux répétitions.

 

L’implantation tranquille


S’il n’est pas encore un visage connu à Québec, Fabien Gabel, né la même année que Yannick Nézet-Séguin, en 1975, est déjà venu ici à plusieurs reprises. Avant de se présenter à l’OSQ, il avait été invité par Yannick Nézet-Séguin à diriger l’Orchestre métropolitain en octobre 2008 dans Le tricorne de Manuel de Falla, le Concerto pour violon de Freitas Branco et Petrouchka de Stravinski.


Une semaine plus tard, Gabel partageait avec Jean-Philippe Tremblay la direction musicale du concert spécial donné au théâtre des Champs-Élysées à Paris par l’Orchestre national de France en l’honneur des 400 ans de Québec. Sa soliste, dans des mélodies de Duparc, était Marie-Nicole Lemieux, avec laquelle il a aussi enregistré un disque d’airs d’opéras français pour l’étiquette Naïve.


Le coup de foudre entre l’OSQ et son nouveau chef s’est passé en deux temps : lors du Festival du Domaine Forget en juillet 2011 dans la 9e Symphonie de Chostakovitch, la Symphonie classique de Prokofiev et le Concerto pour violon de Sibelius, puis en octobre 2011 à Québec, notamment dans la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski.


La carrière de ce trompettiste de formation a été lancée en 2004 par sa victoire au concours de direction d’orchestre Donatella Flick à Londres. Ce titre lui a valu notamment d’être le chef adjoint de l’Orchestre symphonique de Londres auprès de Colin Davis et de Bernard Haitink. Il a également été le bras droit de Kurt Masur à l’Orchestre national de France.


Le fait d’avoir débuté cette semaine de manière plutôt informelle à la tête de l’OSQ par un concert estival en plein air ne pose pas problème à Fabien Gabel, au contraire : « Cela s’est fait très naturellement. On sort du cadre formel de la salle de concert. Un concert en plein air permet de rencontrer un autre public et montre notre attachement à la communauté. »Comme exemple de sa patte dans la conception du programme, le chef cite la présence de la Suite extraite de Lady in the Dark de Kurt Weill, partition écrite pour Broadway, qui vient d’être présentée au Festival Glimmerglass (voir Le Devoir du 7 août).


« Cela va intéresser l’orchestre, car c’est agréable à jouer. À l’OSQ, ma patte sera d’ailleurs d’alterner des pièces traditionnelles et des oeuvres que les musiciens et le public côtoient plus rarement », dit le chef au Devoir.


Tout cela augure bien de l’avenir, très exactement dans l’esprit de ce que Le Devoir avait souligné en commentant l’apparition de Gabel en 2008, au Métropolitain : « En programmant le Concerto pour violon de Luis de Freitas Branco, Alexandre da Costa et Fabien Gabel ont apporté au concert l’élément de nouveauté et de curiosité nécessaire. C’est ainsi que les choses devraient être, toujours : une découverte pertinente - peu importe l’époque - par concert, pour empêcher de glisser vers ce rituel de redites, dénué d’imagination, qui nous mène à l’abîme. »

 

Priorités


Fabien Gabel insiste pour souligner que la saison 2012-2013 de l’OSQ porte pleinement sa marque, même s’il n’a été nommé que le 1er décembre 2011. « J’ai choisi tous mes programmes, orienté les programmes des chefs invités et suggéré des concertos aux solistes. »


Puis il décrit ses priorités : « Je vais diriger mon répertoire de prédilection : la musique post-romantique et du xxe siècle, des oeuvres de Stravinski moins jouées que d’autres, du Bartók, de la musique française et le répertoire traditionnel de tous les orchestres. »


Le chef tient à souligner que Yoav Talmi est parti en lui laissant un très bon orchestre. « Le niveau est excellent. On peut toujours s’améliorer, notamment une certaine précision dans les oeuvres du xxe siècle pas si jouées que ça. Mais au chapitre de la qualité technique et de la qualité sonore, je suis satisfait. J’aimerais faire des changements de disposition, mais je le ferai petit à petit, en fonction de certains répertoires. »


Dans la répartition de ses activités, entre opéra et répertoire symphonique, Fabien Gabel avoue : « L’opéra, quand j’étais musicien d’orchestre, je ne jouais presque que cela. J’aimerais en diriger davantage, mais maintenant j’ai une étiquette de chef symphonique. »


Quant à la musique contemporaine, il en dirige, « mais avec parcimonie, car cela peut être difficile pour le public ». Parmi les compositeurs qu’il considère, Fabien Gabel cite le Canadien R. Murray Shafer, le Français Marc-André Dalbavie, l’Allemand Mathias Pintcher et le Français Bruno Mantovani : « Il y a un courant néo-tonal, notamment en France, mais mon coeur balance pour les atonaux. »


On trouve à son programme, en fin de saison, le Concerto pour piano de Walter Boudreau. « Cela faisait partie des commandes, mais on m’a demandé mon avis. J’ai lu la partition et, si je n’en avais pas eu envie, je ne l’aurais pas acceptée. »


Ses idées quant à certains principes simples sont tout aussi arrêtées : « En musique contemporaine, je ne veux pas avoir de barrières. Je veux diriger de bonnes oeuvres, qu’elles soient canadiennes ou étrangères. » Dans le même esprit, Fabien Gabel pourfend les intégrales : « Je ne veux pas faire d’intégrale. Une intégrale Beethoven ou Brahms ou Mahler en une saison prive pendant trois ans de ce répertoire-là. Et un orchestre ne peut s’en passer dans une saison. »


Fabien Gabel a gardé des liens avec son mentor québécois, Yannick Nézet-Séguin, qui, après l’avoir rencontré à Paris, l’a invité ici pour la première fois : « Il est très occupé, mais nous sommes en contact. » Ceci explique peut-être que l’Orchestre métropolitain avait répandu la nouvelle de sa nomination sur les réseaux sociaux avant l’OSQ lui-même !


Les prochains rendez-vous du chef français avec Québec seront les concerts d’ouverture de la saison : le 12 septembre avec James Ehnes dans le Concerto pour violon de Brahms, la Suite du Chevalier à la rose de Strauss et La valse de Ravel, et la semaine suivante avec Beatrice Rana dans le 1er Concerto de Tchaïkovski et des extraits de Roméo et Juliette de Prokofiev.