Musique classique - Kent Nagano propose un déluge de concerts en une journée

Le chef d’orchestre Kent Nagano souhaite intégrer la musique classique à «l’atmosphère très spéciale de Montréal pendant l’été» grâce à La Virée classique.
Photo: Christina Alonso Le chef d’orchestre Kent Nagano souhaite intégrer la musique classique à «l’atmosphère très spéciale de Montréal pendant l’été» grâce à La Virée classique.

Avec La Virée classique, 20 concerts en une journée à la Place des Arts le samedi 11 août, Kent Nagano apporte une nouvelle proposition artistique à l’été montréalais.

Kent Nagano aura vraiment tout essayé pour rafraîchir l’été classique de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM). Après un an de mandat, il avait condamné Mozart Plus, un gentil rendez-vous hebdomadaire, à la basilique, pour touristes et habitués. Le Festival de Lanaudière a décalé ses dates pour s’adapter au calendrier personnel du chef, occupé en juillet à Munich.


Puis, Nagano est allé créer le « Glyndebourne du Nouveau Monde » niché sous des tentes dans des impasses des boisés des recoins friqués des Cantons-de-l’Est. Finis au bout de deux ans, l’aventure Knowlton et son ballet de VIP en bus scolaires.


La merveille suivante, c’était un raid sur Orford, juste à côté, les musiciens de l’OSM donnant des leçons de maître, une charge pour madame Nagano, des concerts en diverses formations. Mais le directeur musical a dû apprendre que son adage préféré, «Quand la volonté est là, l’argent suit», a ses limites, surtout au Québec. L’amphétaminisation d’Orford a duré un an, avant un repli à ce format modeste par lequel le partenariat Orford-OSM aurait dû débuter afin de se construire.


Et voilà le nouveau lapin qui sort du chapeau : La Virée classique ! Une journée, 20 concerts de 45 minutes présentés en rafale dans trois salles de la Place des Arts, samedi 11 août, dès 11 h du matin, avec l’OSM et des invités tels que le Trio Tetzlaff, Marianne Fiset ou Marc-André Hamelin.

 

Un concept à la mode


Beaucoup de rumeurs couraient depuis quelques mois sur l’importation à Montréal du concept de « Folle journée », créé à Nantes par René Martin et exporté dans plusieurs pays. René Martin avait même fait le voyage à Montréal il y a quelques mois. Nous ne savons pas quelle tête faisait ledit René Martin à l’annonce, quelques semaines plus tard, sans lui, d’un succédané de Folle journée en format réduit qui n’en porte pas le nom.


Mais tout est possible dans un pays qui a su inventer le concept d'« extrait de vanille artificielle ». Oui, « extrait de vanille artificielle », on trouve cela dans toutes les épiceries et ça vaut le coup de s’y attarder : la « vanille artificielle » n’existant pas dans la nature, on ne peut donc l’extraire ! La vanille artificielle, c’est une molécule, la vanilline, et on la synthétise chimiquement dans de gros alambic. Je sens d’ici l’ami Jean Dion gamberger durement…


En musique, « l’extrait de Folle journée artificielle » répond à un concept à la mode qui calque nos comportements consuméristes : la consommation (sur) abondante dans un même endroit en un temps réduit. Cela a-t-il quelque chose à voir avec l’art ?


Interrogé par Le Devoir, Kent Nagano pense que oui : « Ce que nous proposons n’a rien à voir avec la consommation ; l’idée est de proposer le plus de variété possible. Le Tetzlaff Trio, notre ensemble en résidence, est synonyme d’excellence. Nous agissons sur la juxtaposition, la longueur des concerts et leurs contrastes. »


Le but du chef est d’intégrer le classique dans le cadre de « l’atmosphère très spéciale de Montréal pendant l’été ». De ce point de vue, il considère que, « si l’on veut être présent pendant cette période, il faut penser à la manière de présenter la musique classique sans compromis sur la qualité, mais dans un concept qui tienne compte de cette atmosphère très différente. Le format d’il y a 25 ans n’est pas le bon pour le xxie siècle dans ce contexte. »


Le chef admet que La Virée classique est un « projet expérimental », mais le plan marketing ne repose pas sur du béton. À la question « À qui vous adressez-vous et à combien de concerts désirez-vous que le spectateur moyen assiste ? », le chef ne s’avance pas. « Nous n’avons pas fait d’analyse démographique et ne savons pas qui sera le public. On connaît la tradition de Lanaudière, celle d’Orford, mais à Montréal on laisse la porte ouverte. » « Je ne sais pas combien de nouveaux auditeurs nous aurons, mais j’en espère le plus possible », ajoute Kent Nagano. La journée se lancera, à 11 h, avec le Concerto pour violon de Mendelssohn par Christian Tetzlaff, question tout de même de rassurer tout le public : les habitués et les novices.

 

Galop d’essai


Un tiers des concerts a lieu à la Maison symphonique de Montréal, un tiers à la Cinquième salle et un tiers au Studio-théâtre, aux prix respectifs de 30 $, 15 $ et 10 $ la séance de 45 minutes. Grosse surprise, par rapport à des manifestations équivalentes : les mélomanes pris au jeu de la frénésie consumériste musicale ne bénéficient pas de tarifs dégressifs ou de passeports. « C’est un territoire à observer et à étudier, mais ce n’est pas facile d’essayer quelque chose de complètement nouveau. Il y a des limites à ce qu’on peut faire d’un coup, surtout si on ne veut aucun compromis sur la qualité », explique Kent Nagano, ajoutant : « Évidemment, si l’on réduit le nombre de répétitions et qu’on explose le nombre de concerts, cela a des incidences sur le résultat ou la billetterie. Là, nous avons une ligne prudente, soucieuse de qualité et de variété. Si cela fonctionne, il faudra devenir plus sophistiqué dans le modèle. »


Au chapitre des objectifs qui permettront de déterminer si « cela fonctionne », impossible d’avoir des chiffres d’un nombre de spectateurs souhaités. Va-t-on vers une Folle journée si les résultats sont à la hauteur ? Kent Nagano trouve le concept de René Martin « très intéressant », mais il est inflexible sur un point : « Pas question de privilégier la quantité sur la qualité. Je ne dis pas que c’est ça, la philosophie de Folle journée, mais il faut faire attention de ne pas déborder de ce qui est approprié pour Montréal. »


On sent que le galop d’essai d’un jour prélude à un rêve de «grand week-end classique». « Il faut établir quelque chose. Si cela fonctionne cette année, on aura fait un statement. »


Rendez-vous, donc, le 11 août. Avant cela, le jeudi 9, à 19 h 30, Kent Nagano donne rendez-vous au public pour un concert gratuit au parc Olympique. Il est bien heureux d’avoir trouvé 100 cuivres pour Les pins de Rome et l’Ouverture 1812. Décibels en perspective…

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