Festival de Lanaudière - Yannick Nézet-Séguin sur les traces de Beethoven

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	Yannick Nézet-Séguin dirigera un concert mythique ce soir. </div>
Photo: Festival de Lanaudière
Yannick Nézet-Séguin dirigera un concert mythique ce soir. 

Ce samedi, au Festival de Lanaudière, en deux temps, soit à 15 h et à 20 h, l’Orchestre métropolitain et Yannick Nézet-Séguin reproduisent le concert le plus mythique de tous les temps : celui qui vit la création, le 22 décembre 1808, des Symphonies nos 5 et 6 de Beethoven et de plusieurs autres oeuvres encore…

 

Ce concert fou, Bernard Labadie l’avait osé en 2008 comme contribution des Violons du Roy au 400e anniversaire de la ville de Québec. Les écrans géants retransmettaient l’événement devant le Palais Montcalm. Hélas, la météo ne fut pas favorable, influant sur le retentissement populaire de l’opération. Le Festival de Lanaudière espère évidemment que l’état de grâce climatique dont il a bénéficié depuis le début de cette édition 2012 perdurera.


Rappelons le contexte historique de l’événement original, le 22 décembre 1808 à Vienne, au Theater an der Wien. Ce concert légendaire de l’histoire de la musique se déroula devant un parterre fort clairsemé, d’autant qu’au même moment, au Théâtre de la cour, le Tout-Vienne se pressait pour entendre le patriarche de la musique, Haydn, 76 ans, présenter l’oratorio Le retour de Tobie…

 

Un marathon


Les témoignages du concert de création des Symphonies nos 5 et 6 de Beethoven sont donc relativement rares. Le critique de l’Allgemeine musikalische Zeitung considéra que ce concert était sans doute le « plus remarquable de la semaine de Noël ». C’est grâce à lui que nous avons l’ordre du programme, un vrai marathon puisque, non content de présenter deux symphonies en première audition, Beethoven avait également programmé la première viennoise du 4e Concerto pour piano et dirigeait ce soir-là la création de l’air Ah ! Perfido, le Gloria et le Sanctus de sa Messe en ut, la soirée prenant fin avec une improvisation - fantaisie - au piano seul et la Fantaisie chorale.


Le témoin le plus souvent cité est le compositeur Johann Reichardt : « Nous avons réussi à supporter un froid glacial, de six heures et demie à dix heures et demie, et fûmes récompensés par la leçon, tirée de l’expérience, qu’il peut y avoir trop, même de ce qui est bon et fort. »


Notons pour la fine bouche qu’en décembre 1808, laCinquième de Beethoven était encore la Pastorale. Une Grande Symphonie en ut mineur (alors « no 6 ») ouvrait la seconde partie de ce concert. Cette Symphonie en ut mineur est aujourd’hui la fameuse Cinquième. L’interversion de numéros se fera l’année suivante, lors de l’édition des partitions. Le détail a échappé au chef et aux organisateurs de Lanaudière, qui joueront la Cinquième en fin de premier concert et la Pastorale au début du second.

 

Questions de contexte


Le concert marathon est-il un vestige du passé ou une formule gagnante pour demain ? Pour Yannick Nézet-Séguin, « cela soulève la question du temps de préparation et de la priorité entre la spontanéité et le désir de tout mettre en place. Quand on pense que, pour ce concert de 1808, certaines pièces n’avaient pas été répétées, on peut se poser la question des priorités. Le degré de culture, le fait de jouer la musique tous ensemble en société, rendait la chose plus naturelle, comme un langage. »


Aux yeux du chef, le public se rendait alors au théâtre avant tout pour découvrir des oeuvres. « Aujourd’hui, plonger dans un bain beethovénien ou brahmsien nous amène à avoir une autre attitude, à nous attacher au message et à l’impact plutôt qu’à la perfection de l’exécution. Lorsque nous faisons cela au Métropolitain, nous tentons de retrouver la spontanéité et l’effet de surprise. »


De ce point de vue, Yannick Nézet-Séguin trouverait logique de faire des marathons d’oeuvres récentes. « Tout est une question de contexte. À l’époque, il y avait une expression immédiate de l’ennui ou de l’adhésion. On cherche aujourd’hui des conditions d’écoute idéales, mais avec une certaine décontraction, cela donnerait l’idée à d’autres gens de venir au concert. » Le chef remarque que « ce que l’OSM a fait à la Brasserie Molson participe de cette recherche de changer le contexte. La question est alors de savoir “ où jouer quoi ” ».


D’ailleurs, aux yeux de Yannick Nézet-Séguin, la recherche de la nature des oeuvres qu’on associe dans un programme est le défi majeur du chef aujourd’hui.

 

Deutsche Grammophon


L’autre nouvelle est l’annonce récente de la signature de Yannick Nézet-Séguin avec le célèbre « label jaune », Deutsche Grammophon (DG). La collaboration est notoire depuis un certain temps puisque, quelques semaines avant l’annonce, DG affichait sur Internet la couverture des CD de Don Giovanni qui paraîtront à l’automne. Il était par ailleurs de notoriété publique que le chef était déjà en train d’enregistrer Cosi fan tutte.


Le projet Mozart, qui s’étendra jusqu’en 2020, comprendra Don Giovanni, Cosi fan tutte, Les noces de Figaro, La flûte enchantée, La clémence de Titus, Idoménée et L’enlèvement au sérail, soit le parcours ébauché par Ferenc Fricsay il y a 55 ans, accompli par Karl Böhm il y a quatre décennies, puis par John Eliot Gardiner, sur étiquette Archiv, dans les années 1990. On notera que la série signe le retour d’Universal sur le créneau de l’enregistrement audio d’opéra. Pour Don Giovanni, trois concerts et la répétition générale ont été enregistrés. Le raisonnement ? « En DVD, on gagne en immédiateté, mais on perd en focus sur les voix et la musique. En partant de concerts où les chanteurs expriment vocalement tout le drame qui passerait par la mise en scène, on obtient des enregistrements très vivants. »


Dans le cadre de ce contrat - « c’est subtilement dit, mais ce n’est pas un contrat d’exclusivité ; c’est une relation étroite à long terme », précise Yannick Nézet-Séguin -, le chef a voulu « avoir l’assurance d’un équilibre entre symphonique, accompagnement et opéra ». Les éditeurs sont en effet très gourmands d’accompagnements et il était important pour le chef de préserver sa « présence purement symphonique ». La première symphonie enregistrée à Rotterdam sera la Pathétique de Tchaïkovski. Yannick Nézet-Séguin pense aussi à des « concepts hybrides, à la façon des récents disques de Lisa Batiashvili et Hélène Grimaud, qui mêlent concerto, solo, musique de chambre ».


Et des disques avec Philadelphie ? « C’est possible et ça va se faire ! »