Le flamenco libre

David Peña Dorantes, Renaud Garcia-Fons et Théodosii Spassov : trois artistes de passion aux traditions différentes qui ont rencontré le flamenco d’une façon ou d’une autre. Dorantes, le pianiste andalou, marie le flamenco au jazz et à la musique classique. Garcia-Fons, le contrebassiste français, fait corps et âme avec la Méditerranée. Spassov, le flûtiste bulgare, a révolutionné le kaval. L’union créatrice de ces trois artistes d’exception donne le Free Flamenco Trio, le projet qu’ils offrent samedi à la Maison symphonique avec Tete Peña, percussionniste et quatrième mousquetaire.

Au centre du projet, Dorantes : « J’avais travaillé avec Spassov en Bulgarie et je l’avais invité sur mon disque Sur, raconte-t-il par écrit. Quant à Garcia-Fons, j’ai souvent collaboré avec lui. En trio, nous nous sommes réunis pour la première fois en Hollande et, vraiment, nous fûmes enchantés de l’expérience. »

 

Le son des autres


Si le répertoire du Free Flamenco Trio repose essentiellement sur les compositions de Dorantes, les deux autres créateurs feront entendre une de leurs oeuvres, en plus de s’accorder des solos. En quels mots Dorantes décrit-il ce moment dénué de contraintes et pourtant ancré dans le flamenco ? « Un projet de liberté avec bon goût et beaucoup de connaissances. » Il a placé le piano en avant dans un monde de guitare, de chant et de danse. Sur disque, il a créé un style aéré sur un flamenco jazz très orchestré, coloré de teintes brésiliennes et même orientales. Sa musique respire, mais son attaque peut devenir percutante.


Il dépeint Garcia-Fons : « C’est la beauté du son, la précision, l’amplitude de l’esprit et une expression merveilleuse. » Ajoutons d’autres mots qui lui conviennent : vélocité, pizzicato, résonances du guimbri, du kalimba, du berimbau autant que du violoncelle, de l’alto et même de l’oud au bout d’un seul instrument. Dès 1997, à la sortie du disque Oriental Bass, le maître des voyages imaginaires en cinq cordes écrivait son intention : « J’ai rêvé d’une contrebasse, mi-tzigane, mi-mauresque, voyageant de l’Inde à l’Andalousie. »


Reste ce Spassov, le moins connu des trois pour l’instant : figure nationale en Bulgarie, emblème de la flûte ancestrale des bergers, issu des mondes de Philip Koutev, du Mystère des voix bulgares et même de Riverdance. Il a posé son instrument sur le folklore, qu’il mélange au jazz et à la musique classique, tout comme Dorantes qui lui réserve également quelques mots : « Un virtuose avec un sens du rythme prodigieux. » Le parcours semble tracé pour un flamenco libre aux essences universelles.