L’autre DJ Mini

« Il était temps que ma propre musique sorte », confie DJ Mini.
Photo: Sébastien Roy « Il était temps que ma propre musique sorte », confie DJ Mini.

Virage à 180 degrés pour DJ Mini. Six ans après le très dansant Audio Hygiène, celle qu’on appelle la reine de l’électro à Montréal vient de lancer Espace Temps, au son plus planant et expérimental, malgré un fond encore techno.

Et le projet va bien au-delà du simple album : tout un spectacle mêlant danse contemporaine, projections vidéo et 3D suivra en septembre sous la coupole de la Société des arts technologiques.


Après avoir rythmé les nuits du club Le Parking, dans le Village gai, pendant sept ans, fait sa part de sets au Piknic électronik et à Igloofest, DJ Mini avait soif de création et de voyage. Mais la route vers ce nouvel opus autoproduit — qui sort dès mardi — aura été ardue. Le hasard de la vie, d’abord, ne l’a pas aidée : à mi-chemin de la création, un « data crash » lui a fait perdre tout le matériel. D’où le retard de la sortie, d’abord prévue pour 2010. Un délai forcé qui l’aura peut-être aidée à se renouveler.


« J’ai eu du mal à trouver ma place et mon intention avec ce nouvel album, avoue-t-elle tout de go en entrevue. Ç’a été long avant que je décide de faire mes trucs de manière plus naturelle, sans chercher à entrer dans le format de tel label. » Du coup, la musique a coulé de source. Surtout pendant son long séjour de trois mois au Moyen-Orient, au Liban et en Jordanie.


L’éloignement pour mieux revenir à soi ? « Il était temps que ma propre musique sorte », confirme-t-elle.


On entend sur cet album les vocalises et le violoncelle de Jorane, la harpe électrique de M’Michèle et la voix de Mini elle-même, déclamée plus que chantée. « Le violoncelle est l’un de mes instruments préférés et sa musique [de Jorane] me bouleverse. »


Cet apport mélancolique, planant, sombre par moments, tranche avec les airs jubilatoires d’Audio Hygiène. La DJ Mini nocturne et festive a laissé place à une Evelyne Dubois (de son vrai nom) diurne, et à ses états d’âme.


Tout au long de ce processus de création, elle songe en même temps à la forme qu’elle veut donner à sa musique. Le sempiternel set derrière son laptop, non merci. « La formule, on sait qu’elle marche. Mais comment faire quelque chose de différent ces jours-ci ? Comment présenter l’album de manière plus complexe ou originale ? »


Elle mise alors sur un concept de spectacle multisensoriel, où sa musique spatialisée se frotte à l’univers de la danse contemporaine et des projections visuelles immersives (signées Sébastien Roy, Patrick Trudeau et Hugues Clément).


La dernière pièce de l’album, Bi-polaire, a même été conçue à l’envers du procédé habituel : c’est la chorégraphie du spectacle, signée Natacha Filiatrault — jusqu’ici danseuse pour Dave St-Pierre et Virginie Brunelle —, qui en a dicté le canevas musical.


La performance live inusitée vient d’être éprouvée à l’occasion du lancement officiel de l’album, le 12 juin dernier. Mais sa version finie, achevée, prendra l’affiche le 5 septembre.


D’ici là, l’album sera en vente sur le site Web djmini.com dès mardi. Et la DJ sera à Osheaga en ville le 28 juin au Quai de la Montagne du Centre Bell, avec Qualité Motel.