24es FrancoFolies de Montréal - Droit dans des milliers d’yeux


	Lisa LeBlanc a conquis, hier, la place des Festivals des FrancoFolies, pleine à hurler.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir
Lisa LeBlanc a conquis, hier, la place des Festivals des FrancoFolies, pleine à hurler.

Jusqu’à la Catherine, elle nous regardait. On voyait ses yeux nous regardant sur l’écran géant : ça allait loin en dedans d’elle, on aurait dit qu’elle se remplissait de tous nous autres. On était beaux dans ses beaux yeux, avec ses beaux cheveux fous autour. Elle n’en revenait pas qu’on soit « autant là » (dès 19 h, en pleine clarté, jamais vu ça !) et elle l’absorbait pourtant : c’est en ça qu’elle est forte, Lisa LeBlanc. Elle est capable d’en prendre.

La voir sourire, sourire encore, sourire plus large que large, exulter, quoi, était un bonheur. Un bonheur tellement plein que c’en était douloureux. Elle prenait tout ça en bloc, le bonheur, la douleur, tout. Lisa LeBlanc était capable hier de dire la « demi-angoisse » qui l’étreignait ces derniers jours et de nous sortir ça dans un grand cri. Elle pouvait, en toute confiance : on était là. Pacte signé. Elle a trouvé sa place, son exutoire, Lisa, c’est tellement clair : elle est bien avec nous, on est bien avec elle, on peut se dire les vraies affaires, on se comprend, même à plusieurs dizaines de milliers.


Un spectacle de Lisa LeBlanc, pour dire ça simplement, c’est comme sa chanson Kraft Dinner (dont elle a repris hier les refrains en harmonie avec Louis-Jean Cormier, le réalisateur de son album aux quelque 40 000 exemplaires disséminés) : c’est « tout ce qu’on a besoin ». Ça défoule le corps dans J’suis pas un cowboy, Motel, Cerveau ramolli, Rouspéteuse, Y fait chaud (jouée à la fin, celle-là, pour célébrer la chaude journée encore chaude), et puis ça ouvre le ventre et ça troue le coeur dans Calisse-moi là, J’t’écris une chanson d’amour, Avoir su, ça sert de « thérapie de groupe » dans Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde.


Quel hymne national de l’écoeurantite carabinée, cette chanson. Faut entendre (et voir) une place des Festivals pleine hurler ça : jubilatoire est un faible mot, cathartique trop clinique. Quelque chose comme un concentré de méchant évacué. C’est peu que de dire à quel point la rencontre entre un aussi large public, une fille aussi sainement transparente et des chansons sans la moindre concession au goût du jour rafraîchit le paysage. Même un soir trop chaud. Qu’est-ce que ce sera quand elle chantera le 23 juin au soir, sur les Plaines ?

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