Concerts classiques - Brahms à bras-le-corps

Yannick Nézet-Séguin et le Métropolitain prenaient un gros pari en présentant en bloc les quatre symphonies de Brahms en moins de 24 heures, agrémentant l’ensemble de l’inutile défi d’y ajouter le Concerto pour violon, hier.

Les enseignements que l’on tire de l’expérience sont pourtant fort enrichissants. Le tout premier concerne la Maison symphonique de Montréal. L’un des critères prioritaires de son cahier des charges était l’isolation sonore. Ce week-end, entre le « boum-boum » des FrancoFolies sur l’esplanade de la Place des Arts et, samedi, les manifestations et sirènes de voitures de police, la Maison symphonique de Montréal s’est montrée d’une imperméabilité sonore absolue. Ouf !


On a aussi pu revérifier deux éléments, en comparant cette expérience au concert de gala du Concours musical international de Montréal : la grande variabilité acoustique entre salle pleine et salle à moitié remplie, ainsi que la sensibilité au positionnement des musiciens. L’alignement des contrebasses en fond de scène (comme à Vienne) donne enfin un relief aux graves. Yannick Nézet-Séguin avait trouvé d’instinct, lors de son premier concert, cette disposition que nous rêvions d’entendre et qui s’avère lumineusement efficace. Le Métropolitain gagne sur tous les tableaux, car la force des contrebasses, mise ainsi en relief, pallie la relative faiblesse du pupitre de violoncelles.


Yannick Nézet-Séguin a répété que Brahms est son compositeur préféré. Et cela s’entend. Il ne s’agit pas de fermer les yeux sur la cohésion des attaques, moins propre qu’à l’OSM (1re Symphonie), ou les dérapages de quelques pupitres (2e) - flûtes et trompettes, devenues depuis quelque temps le maillon faible du Métropolitain, contrairement aux cors, qui se sont améliorés. Mais une fois que l’on a signalé ces points-là, force est de constater et de reconnaître l’impact de cette musique prise à bras-le-corps, de ce Brahms brassé à pleine pâte.


La balance entre scories d’exécution et bonheur éprouvé fut, en cette fin de semaine peu ordinaire, nettement en faveur du plaisir musical, sauf dans la 3e Symphonie, qui perdait de sa concentration et détermination. Benjamin Beilman, dans le concerto, efficace mais pas magique, a joué impeccablement 95 % des notes et a, surtout, connu d’étranges errements dans la cadence de Joachim qui paraissait presque atonale!


Oui, on peut aussi faire la liste de quelques coquetteries : ces tempos qui s’infléchissent un peu quand les cuivres jouent, ces accélérations exaltées. Mais, sur le fond, si je devais intéresser un ado ou un néophyte à la musique, c’est aux concerts de Yannick Nézet-Séguin que je l’abonnerais… et sans une seule seconde d’hésitation. Comparé à son collègue apollinien intello de l’OSM, le taureau fougueux de l’OM fait de ses concerts des moments uniques et partagés, primant largement les quelques imperfections ou éléments méritant maturation (la variation de la flûte, trop figée dans le Finale de la 4e Symphonie). Ces Brahms étaient bourrés d’élans et d’idées par rapport à l’encéphalogramme plat du tandem Gilbert-New York, il y a quelques mois.


Le nouveau directeur général du Metropolitain ne s’y est pas trompé en disant vouloir « faire du Métropolitain votre orchestre ». Marketing et musique marchent ici en symbiose, et l’on peut parier que le fossé entre l’institution que l’on admire et respecte et celle-ci, dont on se sent proche comme dans une grande famille musicale parce que ses concerts nous font vibrer, va se creuser dans les prochaines années.