Bénabar aux FrancoFolies de Montréal - Il chante, il danse, il pense! En même temps! Quel type épatant!

On allait voir ce qu’on allait voir. On a vu ce qu’on a vu. Vendredi soir, de cette sorte de vendredi dont on se souvient pour toujours comme «ce vendredi-là», un Métropolis archi-plein a reçu au plexus et dans les genoux et jusque dans la boîte à poux l’expérience Bénabar. Le formidable spectacle de variétés Bénabar. La leçon de dynamisme Bénabar. La sarabande de la bande à Bénabar. Le bar ouvert d’énergie pure Bénabar. La trempoline humaine Bénabar. Le grand coup d’intelligence dans les miches Bénabar. La centrale électrique Bénabar. La totale Bénabar, quoi. Pour la première fois.

Quoique. Précisons: Bruno Nicolini dit Bénabar s’amenait pour la première fois à Montréal, première fois à nos Francos. De toute évidence, bon nombre de spectateurs avait vécu ça avant et ailleurs. Combien étaient-ils de Français extatiques, se pinçant pour y croire, de Belges ravis au-delà du plausible? Un tiers de salle, je dirais. Je peux le dire parce qu’en lever de rideau, Sophie Beaudet -- une Sophie Beaudet pas mal du tout, enrichie aux enzymes, qui a visiblement gagné en confiance et en aisance lors de ses premières parties de Daniel Lavoie – a demandé aux gens qui venait d’où. Des Français dans la salle? Les Français ont fait du ramdam comme dans un match de foot de l’Olympique de Marseille. C’est toujours comme ça les premières fois, ça arrive moins à un Thomas Fersen ou un Arthur H: l’occasion d’avoir Bénabar de si près est si rare en Europe que les Européens présents en perdaient toute contenance.
 

Et nous alors! Bénabar avait des fans québécois, le savait-il? Des fans qui connaissent ses chansons et peuvent les fredonner sur demande, il en avait vendredi un autre gros tiers de Métropolis. Le dernier tiers, je suppose, était composé de curieux et d’amateurs de chanson française au sens large. Ce qui nous fait trois tiers, et pas loin de 2000 personnes.
 

Ça dit un peu l’ambiance. Mais ça ne dit rien de ce qui passe quand il arrive, Bénabar, quand il fait irruption! Oh l’aguerri et son équipe d’aguerris! Savent ce qu’ils font, on s’en doutait, mais à ce point? En deux secondes, le Métropolis tapait des mains. En deux chansons, ça bondissait. Après une demi-heure, c’était comme une fin de spectacle, et ça n’allait plus cesser d’être une fin de spectacle par-dessus la précédente fin de spectacle. Fiou! Diantre, fichtre, bigre. Comment vous décrire ça avec des références parlantes? Disons que c’était à la fois le côté bon enfant des Collégiens de Ray Ventura et la précision maniaque de Claude François et ses Clodettes, la bonne humeur contagieuse de Henri Salvador et… l’étonnante et unique manière Bénabar.
 

À savoir: donner à la manière résolument divertissante – on pourrait dire, à la manière des émissions de variétés de Maritie et Gilbert Carpentier à la télé française des années 1970, auxquelles il rend d’ailleurs hommage – ce qui n’est pas l’ordinaire des chansons de variétés: du contenu. Des tranches de vie universellement vécues (Où t’étais passé?), des portraits finement dessinés composant une véritable galerie (Infréquentable, L’agneau, Les râteaux), des petits riens de la vie quotidienne (Y'a une fille qui habite chez moi, La phrase qu’on a pas dite), et ça et là ce qu’il appelle en entrevue des «thèmes lourds»: par exemple, avoir des enfants et comment ça se passe vraiment (Quatre murs et un toit). Sur disque, ça fonctionne sur le mode intimiste. Vendredi, ça fonctionnait sur le mode spectaculaire. Les mêmes chansons. Faut le faire.
 

Quand je suis parti pour écrire ces lignes, le Métropolis baignait déjà dans la frénésie générale et on était seulement à mi-parcours. Ça devenait théâtral, un brin vaudeville. Les cuivres, belle équipe de déjantés, donnaient dans la gestuelle désarticulée. Pendant ce temps, les deux choristes, plus grandes que Bénabar, le serraient de près, s’en amusaient et lui aussi. «Il va falloir changer, soit de talons, soit de choristes…», a-t-il suggéré. «Ou de chanteur…» a ajouté l’une des choristes. Saynète faite pour rigoler, comprenait-on: gagné, on rigolait. Je me suis dit que c’était un joli moment à garder en tête pour le chemin du retour. Je gage un gros deux que Bénabar et sa bande n’en sont pas restés là. Gageons aussi qu’avion abhorré ou pas, Bénabar reviendra.