Patrick Watson au Corona - Feu de camp, camp de feu

En date d'hier, Patrick Watson n’avait même pas encore lancé son plus récent disque (qui paraît ce matin), mais le pianiste et sa troupe étaient tout de même sur la scène du Corona pour nous plonger d’avance dans les pièces d’Adventures In Your Own Backyard. En est résultée une soirée quelque part entre le feu de camp et le «camp de feu».

Le «camp de feu», l’expression est venue de Watson lui-même, au moment de présenter la nouvelle Words In The Fire. Parfois, souvent, le sympathique musicien s’emmêle dans son français, et ça donne camp de feu au lieu de feu de camp. Lost in translation. Remarquez, c’est charmant, mais ça change le sens. Le feu de camp, c’est doux et intime. Le camp de feu, ça sonne plus rock, plus éclaté. De toute façon, lundi soir, il a livré les deux.

Watson se l’est joué feu de camp à quelques reprises en milieu de parcours, utilisant alors un seul micro pour tous. La compagnie au complet autour du capteur, comme des amis rassemblés autour des flammes. C’était magnifique sur Words In The Fire et sa guitare arpégée, encore plus beau sur Into Giants, où Watson et son invitée Erika Angell avançaient en alternance devant le micro, au coude à coude avec la guitare de Simon Angell, la basse de Miska Stein et les percussions de Robbie Kuster.

L’esprit feu de camp, on l’a aussi retrouvé en ouverture, pendant la première moitié de Lighthouse, alors que Watson, qui aime intégrer des inventions à ses concerts, est arrivé avec des lumières au bout des doigts, éclairant les touches du piano sur une scène encore plongée dans la noirceur.

Sur la seconde portion de Lighthouse, par contre c’est le côté camp de feu qui a éclaté. Le trompettiste, juché dans une des loges latérales du Corona, a fait pétarader son instrument à la manière Morricone, pendant que Kuster faisait jaillir de sa batterie des sons explosifs. Un trait d’essence dans le feu: les visages soudainement se sont éclaircis, le crépitement est devenu craquement, la nuit s’est enflammée.

Avec un bel équilibre, Patrick Watson a jonglé entre les deux modes, insérant quelques vieux titres à sa performance, dont l’incontournable Lucious Life et Big Bird In a Small Cage. Du travail brillant pour un concert à peine rodé. Ça promet pour le Festival de Jazz cet été.