Le Metropolitan Opera au cinéma - Agoniser en scène

Natalie Dessay dans la production du MET de La Traviata<br />
Photo: Source: Metropolitan Opera de New York Natalie Dessay dans la production du MET de La Traviata

Le Metropolitan Opera achevait, samedi, les représentations en direct de sa saison 2011-2012 avec La Traviata, spectacle créé par Willy Decker au Festival de Salzbourg en 2005. Natalie Dessay chantait le rôle de Violetta, après l'avoir abordé pour la première fois à Aix-en-Provence l'été dernier.

Il est légitime de penser que Dessay n'a pas intrinsèquement le gabarit vocal de Violetta. Il est tout aussi possible de considérer que la soprano française n'aurait jamais dû entrer en scène samedi et laisser la place à sa doublure. Selon le Met, que nous avons consulté dès la fin de la représentation, cette hypothèse n'a jamais été envisagée.

En tout cas, choisir de ménager la chanteuse nous aurait privés d'une expérience rare, irritante ou bouleversante (c'est mon cas), mais inoubliable; un moment unique où vie et théâtre se rejoignent. Le destin de Violetta se confondait avec celui de la voix de Natalie Dessay, brisée, éraillée, ne répondant pas toujours à la sollicitation du souffle, surtout dans les pianissimos du registre médian. L'«Addio del passato», dans le dernier acte, devenait une lutte pour la survie, avec le dernier aigu passé dans l'angoisse, en mobilisant les ultimes forces: la déchéance physique de l'héroïne en phase absolue avec une quasi agonie vocale de la chanteuse.

Le visage de Natalie Dessay lors du rideau en disait long. Il affichait une tristesse et une détresse infinies. Une angoisse face à l'avenir peut-être. Quand reverrons-nous Natalie Dessay sur une scène? Sans être médecin, l'hypothèse d'une rechute de nodules sur les cordes vocales n'est pas infondée, surtout quand on songe à la fréquence des annulations de la chanteuse (Manon à Paris, la première de Traviata à New York) ces derniers temps. Le mal avait affecté Dessay en 2004. Son retour sur scène s'était fait, le temps d'un récital, à Montréal en mai 2005.

Actrice hors pair, Natalie Dessay a affronté avec l'énergie du désespoir ses propres faiblesses, sa propre déréliction, et incarné de manière fascinante le compte à rebours, moteur de La Traviata vue par Willy Decker. Dans ce spectacle, la fin est inscrite dans le début, puisque le docteur Grenvil — qui représente aussi la mort — rôde sur scène.

Dessay avait face à elle Matthew Polenzani, toujours attentif à sa partenaire, et Dmitri Horostovski, toujours attentif à bien paraître et à enterrer vocalement tout le monde. Dans la fosse, Luisi a fait un travail à peine correct. Les choeurs, par exemple, étaient souvent décalés et la respiration de l'orchestre coïncidait peu avec celle des chanteurs.

Quant à la diffusion, techniquement, le son du Ier acte était misérablement terne et monochrome. La diffusion a retrouvé des standards à peu près normaux après la pause. Enfin, signalons que le Ring de Wagner par Lepage est proposé en bloc et en rediffusions les 9, 12, 17 et 19 mai.