Concerts classiques - Trois (grands) vainqueurs

Concert très attendu, que ce Concerto de Dvorak par Stéphane Tétreault et son fameux violoncelle. En présentant l'événement, nous écrivions qu'à la fin de la soirée nous saurions très exactement à quoi nous en tenir en matière de potentiel artistique, tant du soliste que du chef d'orchestre, Julian Kuerti, fils d'Anton. Nous avions oublié un troisième larron, l'Orchestre métropolitain lui-même. Sans aucune hésitation, sans aucun doute le bilan est celui de trois vainqueurs.

L'orchestre tout d'abord. On se souvient que dans un passé assez récent, il y avait deux orchestres métropolitains; celui dirigé par Yannick Nézet Séguin et, l'autre, souvent falot et désinvesti, sous la baguette de chefs invités. Le Métropolitain est devenu «un» orchestre. Il a répondu à la direction exigeante de Julian Kuerti avec envie et talent. La qualité des pupitres s'est notoirement équilibrée et le Métropolitain devient de plus en plus clairement «l'autre» orchestre de Montréal, plutôt qu'un «orchestre B». Je suis persuadé qu'une très large majorité de spectateurs n'entend pas de différences fondamentales avec l'OSM.

Julian Kuerti, ensuite, avait fait de beaux débuts à Montréal avec l'OSM dans un concert matinal. Il est à noter que le rendez-vous d'hier était la troisième représentation du même programme. L'acquis de deux concerts en plus des répétitions s'entend de toute évidence, dans les transitions des Danses de Galanta, la cohésion du Mandarin merveilleux et la belle écoute mutuelle de l'ouverture de Smetana. Kuerti est un excellent chef et musicien, à la fois méthodique dans la préméditation et inspiré au moment du concert.

Je dois avouer que j'avais peur pour Stéphane Tétreault. Le Dvorak? Déjà? Nous avons vu ici, au Festival de Lanaudière, une artiste aguerrie — Emmanuelle Bertrand — se planter dans son premier Dvorak. Stéphane Tétreault l'a affronté avec force, assurance et poésie. Avec même des moments de grâce dans les passages molto espressivo du 1er volet. Décrispé concernant sa gestion du vibrato, le jeune Québécois a livré une prestation très sûre et inspirée, même si le Finale montrait quelques moments de flottements dans la tenue rythmique entre soliste et orchestre.

L'ovation monstre qui salua cette émouvante confession musicale a dû aller droit au coeur de Yuli Turovsky, son professeur, et de sa mécène, tous deux présents dans la salle.
1 commentaire
  • Jean-Marc Lefebvre - Abonné 13 avril 2012 09 h 37

    Deux vainqueurs

    Je suis assez d'accord avec votre analyse du concert d'hier soir sauf...pour le Dvorak. Je crois que le jeune Tétreault a tout simplement manqué le rendez-vous. Un Dvorak lent, mais lent, qui a causé beaucoup de difficultés et à l'orchestre et au jeune chef. Et un manque de projection., des attaques sans mordant, un beau vibrato, certes. Donnons-lui quelques années avant de le consacrer.
    Le moment fort, pour moi, fut le mandarin merveilleux. WOW!