Concerts classiques - Graupner sans vernis

Événement pour les graupnériens: le chef belge Florian Heyerick entamait hier à la tête des Idées heureuses son projet de présenter en trois ans l'intégralité du cycle de dix cantates d'un Cycle de la Passion composé en 1741 par Christoph Graupner (1683-1760).

Hier, dans Le Devoir, Heyerick définissait la singularité de Graupner en le traitant de compositeur «impressionniste», pour lequel une figure, un rythme, une couleur inattendue à un moment donné apportent le piment à une composition dont l'idéal esthétique tient du dépouillement et de la simplicité.

Épure ou pas, il y a dans le contexte de la Passion beaucoup de choses à exprimer. Graupner le fait avec tact et des éclairs de génie. Le plus frappant se niche dans l'orchestration du duo ténor-basse de la Cantate V, avec solo de violon et de basson sur lit de pizzicatos des cordes.

Oui, Graupner annonce effectivement les mouvements esthétiques de l'Empfindsamkeit et du Sturm und Drang, dans l'introduction du duo soprano-alto de la Cantate II et le passage médian, agité, de l'air de soprano de la Cantate VI. Dans l'air de basse qui suit, l'orchestration mêlant deux hautbois et un basson montre l'affinité de Graupner avec les bois.

Les instrumentistes ont été excellents et l'alliance orgue, violoncelle et contrebasse donnait beaucoup de poids à l'accompagnement des récitatifs. Je ne comprends pas, cependant, les césures imposées par Heyerick avant les airs et chorals.

Le remplacement du choeur par un groupe de quatre solistes était à la fois le moyen de ne pas exploser les budgets et une solution musicalement légitime. Mais l'idée d'engager d'éminents choristes pour chanter des solos s'est avérée très mauvaise. Seul Normand Richard a le profil d'un soliste et les séances de pousse-sons de Marie Magistry frisaient l'insupportable dans les airs da capo. Ce n'est pas la première fois que par un choix vocal improbable, les Idées heureuses manquent de poser la dernière touche de vernis et teintent d'amateurisme enthousiaste un travail qui repose sur du professionnalisme érudit.

Il y a actuellement parmi les étudiants de McGill dix élèves qui chantent mieux que ce quatuor (ou trio) là. Il suffit d'aller les écouter et de faire les distributions à l'avenant.
5 commentaires
  • Marc Deschênes - Abonné 7 avril 2012 12 h 02

    M. Huss: Incompréhension d'un frustré

    De toute évdence, M. Huss ne comprend rien à la musique ancienne. De temps de Graupner, de Bach et de leurs contemporains, il n'existait pas une aussi grande distinction qu'aujourd'hui entre choriste et soliste. Le chanteur devait être capable d'interpréter toutes les parties de la cantate, sans discrimination. On aurait jamais engagé une Karina Gauvin ou un Marc Hervieux pour chanter dans une telle oeuvre.

    Les chanteurs engagés par les idées heureuses possèdent les qualités requises pour passer d'un choral à un choeur à un air, avec versatilité, ce qui demande de grandes aptitudes techniques et musicales. M. Huss devrait retourner à ses manuels scolaires ou aller écouter quelques concerts en Europe, et aurait gagné à avoir une petite conversation avec le chef et conférencier Florian Heyerick au lieu de passer son énergie frustrée à détruire le travail honnête et passioné de gens qui s'y connaissent beaucoup mieux que lui dans le domaine.

  • Marc Deschênes - Abonné 7 avril 2012 12 h 27

    Un public dupe et incapable de jugement?

    De plus, d'après l'ovation généreuse et les applaudissements nourris d'une salle comble, il semble que les 400 personnes présentes hier aient grandement apprécié le concert d'hier. M. Huss aurait-il la prétention de dire que tout ce beau monde n'a pas le jugement nécéssaire pour amener une appréciation à la hauteur de la sienne?

    Visiblement, l'émotion était au rendez-vous hier après-midi à la salle Bourgie. Quoi qu'en pense M. Huss, c'est l'opinion du public qui a le dernier mot.

  • Christophe Huss - Abonné 8 avril 2012 14 h 15

    Hallucination

    Monsieur Deschênes,
    Tous vos avis sont dans la nature, mais il faut être victime de délire hallucinatoire pour imaginer Marc Hervieux chantant Graupner et de très très mauvaise foi pour écrire que tel est mon propos.
    Puisque, apparemment, il vous faut une explication, je distingue dans mon texte des solistes qui peuvent chanter les choeurs (comme dans les cantates de Bach chez ATMA) et l'idée saugrenue de prendre des choristes pour chanter des arias da capo. Qu'est ce que les micros ont capté? Pensez vous qu'on peut publier ça en disque?
    Mmes Magistry et Lalonde et Mr Leonard sont de très éminents et respectables membres d'élite de divers choeurs de la Métropole, ce qui ne leur donne pas forcément l'art de chanter à découvert. Je répète aussi que dans Le Couronnement de poppée et Don Giovanni de Mc Gill en 2012, j'ai entendu 10 chanteurs qui auraient mieux fait l'affaire.

    Quand au raisonnement en lui même sur le fait que puisque jadis "c'était ainsi" et qu'il faudrait se contenter de cela, je vous signale qu'il y a 70 ans à peine les choeurs, même réputés, avaient des pupitres de sopranos qui chantaient comme des chèvres (cf., par exemple, les enregisrements du Requiem de Fauré entre 1930 et les années 60). Faut-il, aujourd'hui, par "fidélité historique" renoncer au Monteverdi choir, Collegium Vocale de Gand ou à l'Ensemble vocal de Lausanne???

    Enfin pour votre touche finale ("le public a toujours raison") Dieu nous en préserve, puisque à ce compte là la loi du libre marché entraine illico la fermeture de toutes les institutions de musique classique. On écoutera du Lady Gaga et le classique ce sera Il Divo, Paul Potts et André Rieu. Youpiii!

  • Geneviève Soly - Abonné 11 avril 2012 06 h 17

    Le proget du cycle de la Passion de 1741 de Graupner

    J'aimerais simplement mentionner que l'interprétation des 10 cantates du cycle des Souffrances du Christ de Graupner (1741) - dont trois furent présentées vendredi Saint - est un projet des Idées heureuses, et non pas un projet du chef Florian Hereryck, avec lequel nous avons été très heureux de travailler et avec lequel nous poursuivrons ce projet dans les deux prochaines années.
    Geneviève Soly, abonnée et dir. des Ih

  • Christophe Huss - Abonné 12 avril 2012 13 h 35

    Projet Idées heureuses

    Merci, Geneviève Soly, de la précision et mes excuses pour la formulation qui laisse croire que votre chef invité en est l'initiateur.

    Dans le grand mouvement d'échange d'informations sur les 1400+ Cantates de Graupner, la 1re du disque Carus (direction Hans Michael Beuerle) présentée dans Le Devoir vendredi dernier, Wir wissen, dass Trübsal geduld bringet, datant de 1744 est un petit bijou mais avec un cousinage très important avec l'une de celles du concert du cycle de 1741, la 6e me semble-t-il.

    Question: les micros étaient de qui? Radio? Document interne aux Ih? Projet disque?