Folila d'Amadou et Mariam - Le blues, Bertrand Cantat et les autres

Amadou et Mariam lancent Folila, un disque empreint de plusieurs collaborations.
Photo: Benoit Peverelli Amadou et Mariam lancent Folila, un disque empreint de plusieurs collaborations.

Amadou et Mariam lancent Folila, un disque empreint de plusieurs collaborations, comme d'habitude. Si le célèbre couple aveugle du Mali reste fidèle aux racines du rock blues mandingue qui lui est caractéristique, on a fait appel à Santigold, Tunde et Kyp de TV on the Radio, Jake Shears de Scissor Sisters, Ebony Bones, Theophilus London et consorts. Mais l'invité le plus présent demeure Bertrand Cantat, qui collabore à 10 des 13 pièces de l'album qui est à la fois plus roots et plus blues que les précédents.

«Welcome to Mali était plus électronique», explique Amadou Bagayoko, célèbre «funky brother», devenu «funky father». «Celui-ci est marqué par plusieurs variantes de la musique black américaine comme le soul, le funk et le hip-hop. Mais la coloration principale est le blues que nous posons sur notre style.» Un blues qui intègre les deux côtés de l'Atlantique, au son fluide, au riff simple, mais très contagieux. Un blues au fond rock blues, aux textures atmosphériques, aux effets disco, à la rumba congolaise et à quelques nouveaux styles, comme le reflète Chérie, la dernière pièce de l'album. «Dans celle-là, la couleur musicale ressemble un peu à l'afro-cubain et même à la berceuse. Nous avons également intégré pour la première fois l'afrobeat cuivré, avec des membres d'Antibalas dans Africa mon Afrique», dit Amadou.

Les instruments traditionnels occupent plus de place qu'auparavant. Sur le disque précédent, on les entendait sur des pièces choisies, alors qu'ils sont maintenant partie intégrante de presque tous les titres. Kora et kamel ngoni majestueux, ngoni plus terreux, balafon boisé, flûte et vielle ancestrales et toute une panoplie de percussions comme le djembé et la calebasse sont intégrés au mélange par doses plus ou moins fortes.

«Toutes ces sonorités ont été enregistrées à Bamako, relate Amadou. Notre première idée était de faire deux disques avec les mêmes chansons: un premier, aux versions crossover captées à New York et un deuxième, faisant vivre les traditions à Bamako. Nous avons finalement tout mélangé à Paris.» Ils avaient d'abord enregistré les voix et la guitare de base avant l'arrivée des nombreux invités.

Le patron précise la démarche du duo: «Chaque fois qu'on crée un album, on fait toujours des mélanges avec des invités. Sur le premier disque, il y en avait beaucoup, mais comme ce n'était pas des chanteurs, on n'en avait pas parlé. Sur Sou ni tilé, il y avait des Syriens, des Égyptiens, des Colombiens, des Cubains, des Français et des Maliens.» Depuis la participation active de Manu Chao sur Dimanche à Bamako, c'est entendu: Amadou et Mariam créent avec la famille élargie. Cette fois-ci, Tunde et Kyp font vivre quelques belles harmonies vocales sur une ballade plus convenue, Jake Shears donne des teintes plus disco à Metemya, Ebony Bones fait danser avec Mariam sur une rumba rock super entraînante, Theophilus London porte son flow sur des accents soul jazz dans Nebe Miri et Abdallah Oumbadougou, précurseur du blues touareg, se livre à une plainte très sentie.

Reste Bertrand Cantat que l'on entend presque partout: à la guitare, à l'harmonica en avant, en arrière, à chanter en français et même en bambara. Voilà qui ressemble à un geste d'exorcisme, dans cet exutoire trouvé ailleurs. Dans Mogo, l'ex-leader de Noir Désir chante: «Amène-moi le long des berges éternelles du fleuve Niger dans le temps suspendu et baigné de lumière. La vie s'étale, éclate et perdure.» Cela alimentera la controverse une fois de plus. Et pourtant, Amadou semble serein devant la polémique à venir.

«Ça, c'est autre chose», commente-t-il tout doucement sur le ton qui est toujours le sien en entrevue. «Bon, en fait, quand on s'est rencontré, on a surtout parlé de musique, puis on est resté ensemble au Mali et en France.» Et pourquoi Cantat est-il si présent sur le disque? «Parce que c'est celui qui est demeuré le plus longtemps avec nous à Bamako», répond-il tout simplement.

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Collaborateur du Devoir

Amadou et Mariam - Oh Amadou

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