Pink Floyd -- The Wall: le coffret Immersion - Brique par brique, bébelle après bébelle

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Photo: Source: EMI

Les trois boîtiers de carton dur se tiennent comme des triplets dans l'étagère. Noirs, les trois, avec la mention «Immersion» en blanc sur la tranche. C'est ce qui se voit de loin. Il faut s'approcher pour lire le nom du groupe et les trois titres: The Dark Side of the Moon, Wish You Were Here, The Wall. Ça se présente comme un grand tout, chapitres d'un grand œuvre. Le grand œuvre de Pink Floyd?

Plutôt le grand oeuvre de Storm Thorgerson et son Storm Studios, c'est-à-dire l'ancien Hipgnosis concepteur légendaire des pochettes originales du groupe et leurs suppléments. Dans les trois boîtiers Immersion, Storm réalise son rêve éveillé de designer, des variantes Dark Side, Wish et Wall des mêmes bébelles conçues expressément: billes, sous-verre, écharpes, artefacts reproduits (fabrication en Chine, sauf les sous-verre, aux Pays-Bas). Drôle d'impression: c'est à se demander si ce tout ça n'était pas le projet du designer d'abord.

Ce qui est certain, c'est qu'il y a eu choix éditorial: seuls ces trois albums-là, a-t-on jugé chez EMI, et d'après messieurs Roger Waters, David Gilmour et Nick Mason (et les ayants droit de feu Rick Wight), méritaient leur Immersion et la joujouthèque Thorgerson, pas les autres. Animals et Meddle, et tous les autres albums du Floyd, sont relégués au coffret Discovery de tous les rematriçages, paru l'an dernier. Pas de prises alternatives ni de démos pour ceux-là. Nombreux sont les fans finis qui, sur Internet, maugréent: comment ça, pas de coffret Obscured by Clouds? Jamais on aura de work in progress d'Echoes? C'est là qu'on apprécie l'approche privilégiée pour l'Anthology des Beatles des années 90, où les versions de travail et documents rares couvraient tout le parcours: aurait-on voulu un coffret Sgt. Pepper's et rien d'autre? À chaque légende sa sorte de commerce de la perpétuation.

Fin de campagne


Ainsi donc s'achève la campagne de réédition «Why Pink Floyd?» et le fan le plus exigeant est quand même fou de joie. Qui eût cru que Waters, surtout lui, ouvrirait un jour ses voûtes et s'exposerait dans la nudité de sa création? Ses tournées solo, où il a donné Dark Side intégralement, et encore maintenant The Wall (récidive le 26 juin au Centre Bell), en disent long là-dessus: le gaillard a récupéré (littéralement!) ses billes. À moi le Floyd! En ce qui concerne The Wall, on est d'accord, c'est son monstre, et les deux disques consacrés à l'élaboration de l'oeuvre proposent pour l'essentiel divers états de ses chansons: sinon Comfortably Numb (qui s'intitulait The Doctor, à l'origine) et Run Like Hell, contributions notables de Gilmour, c'est du Waters partout. Pourquoi diable, dans ce cas, n'a-t-il fourni que des extraits de ses premières ébauches? La mouture originelle d'Another Brick in the Wall Part 2 tronquée, le fadeout après une minute quatre secondes, c'est méchant. Goodbye Cruel World qui disparaît à 0:25, le mot le dit, c'est cruel.

Les versions de travail du groupe, elles, sont complètes (et fascinantes, et pertinentes, et franchement géniales). Pas de raison qui tienne pour le coup des extraits de démos, sinon par pur caprice de Waters. En donner, oui, en retenir aussi: on reconnaît bien là notre Roger, toujours un peu crispé depuis sa mésaventure dans le bol de toilette olympique. Dommage, c'est tellement ça qu'on voulait, le processus au complet. Tellement plus que les billes et bébelles, plus que l'album qu'on a déjà (même rematricé), plus que l'album de la tournée 1980-1981 qu'on a déjà aussi (même rematricé), plus que le DVD où le trop court extrait du show d'Earls Court, l'entrevue du dessinateur Gerald Scarfe, et le documentaire Behind the Wall déjà vu et apprécié séparément, ne font pas le compte.

Dans l'auto, je prends les disques des démos, ça se glisse dans une poche. Fabuleux voyage garanti à travers les cauchemars de Roger Waters et les extraordinaires guitares de Gilmour. L'immersion, la vraie. C'est un fan de l'objet disque qui vous le dit: il y a une limite au superflu. À la fin, c'est quand même le voyage qui importe.

Comfortably Numb (David Gilmour Original Demo)

Hey You [Demo]

1 commentaire
  • Michel Mongeau - Inscrit 25 mars 2012 10 h 19

    La machine à Floyd

    Jadis, comme des millions d'ados de nos générations, j'ai bien aimé les Floyd, Stones, Beatles, Crimson, Genesis... Mais voilà que les années changent, les cultures prennent d'autres formes, de nouvelles fenêtres s'ouvrent, nous découvrons les musiques obnubillées de tant de pays et d'univers, alors pourquoi, à part la quête de l'insidieux profit, nous en remettre jusqu'à plus soif de toutes ces moutures qui incarnent, à bien y penser l'image inversée de l'essence éphémère et critique de la culture rock? Hendrix est mort depuis autour de quarante ans et on continue chaque année de plublier et republier des choses en son nom. N'est-ce pas commerce abusif?