Une édition Richard Strauss à saisir

Brilliant Classics publie en un pavé de 35 CD une anthologie Richard Strauss de haut vol. La chose est une aubaine et la bonne affaire ne durera pas.

En 2006, nous commémorions le centenaire de la naissance de Dmitri Chostakovitch. À cette occasion, Brilliant Classics, un éditeur néerlandais, avait publié un coffret de 27 CD contenant — mis à part l'opéra Lady Macbeth de Mtsensk — tout ce que l'honnête mélomane devait connaître du compositeur, dans d'excellentes interprétations.

Désirant conseiller la chose récemment à un lecteur, je me suis aperçu que ledit coffret était épuisé et qu'en produit d'occasion, il était vendu plus de 150 $, soit trois fois le prix neuf d'il y a cinq ans!

Loin de moi l'idée de vous faire croire que l'achat de disques est un placement. Je tiens simplement à vous dire que, si le présent coffret Strauss, paru la semaine dernière, vous intéresse, il n'y a pas vraiment d'intérêt à reporter votre achat.

Richard Strauss, donc. Pas vraiment d'anniversaire, même si les 150 ans de naissance sont en vue pour 2014. Brilliant Classics fait son miel avec ces gros coffrets d'intégrales ou de vastes anthologies. Le phénomène a été lancé par un coffret de l'intégrale Mozart vendu en 2005 à plus de 200 000 exemplaires en France au prix de 99 euros (140 $, soit moins de 1 $ le disque)!

Une ossature solide


Depuis, les prix ont grimpé, mais la mode s'est bien installée. Évidemment, la qualité artistique dépend du calibre des licences obtenues par Brilliant. Dans le cas de cette anthologie Strauss, il n'y a pas à se plaindre.

L'ossature du coffret, l'oeuvre orchestrale, puise tout simplement dans le nectar puisqu'en neuf disques, nous trouvons l'intégrale de Rudolf Kempe à Dresde, indécrottable référence depuis 40 ans. Cette somme était parue en coffret tant chez son éditeur original, EMI, que chez Brilliant.

La musique de chambre puise dans les coproductions de l'Institut Strauss de Munich, où apparaît plus d'une fois Wolfgang Sawallisch au piano. C'est du sérieux. Quatre CD sont occupés par la négligeable oeuvre pour piano. C'est dommage quand on sait qu'en matière de lieder, on n'a que deux CD: le disque sublime de Mitsuko Shiraï enregistré pour l'éditeur Capriccio et des archives historiques, avec Strauss au piano.

La grande surprise vient des licences obtenues dans le répertoire lyrique. Tous les opéras n'y sont pas. Il manque notamment Arabella, La femme silencieuse et Capriccio. Mais ce qui s'y trouve, s'y trouve dans d'excellentes conditions.

Le chevalier à la rose est celui de Karajan en 1956, avec Schwarzkopf, Ludwig, Stich-Randall et Edelmann. Petit détail: c'est la remastérisation EMI de 1987 et non la mono sublimement retravaillée en 1996 qui est reprise ici.

Autre document historique remarquable: La femme sans ombre par Joseph Keilberth en 1963 à Munich, avec Inge Borkh, Martha Mödl et Dietrich Fischer-Dieskau. Le document a fait les beaux jours de Deutsche Grammophon.

Du même catalogue sont issus trois enregistrements de Giuseppe Sinopoli, dont deux parmi ses meilleurs: Ariane à Naxos et Friedenstag, le troisième étant Elektra en 1995, avec une direction sublime mais un plateau souvent fatigué. À noter qu'Ariane à Naxos, avec Deborah Voigt, Natalie Dessay, Anne Sofie von Otter et Ben Heppner, fut le dernier enregistrement de Sinopoli avant sa mort brutale. Quant à la Salomé, c'est celle de Böhm en 1970 à Hambourg, avec Gwyneth Jones face à Dietrich Fischer-Dieskau.

Haute gastronomie auriculaire, donc, à prix intéressant...

À voir en vidéo