Intense elle est, intense elle a été

Catherine Major en spectacle
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Catherine Major en spectacle
Ça a démarré plus ou moins a cappella, Catherine Major au centre, chœur céleste préenregistré derrière sa voix noyée d’écho dans la bien nommée Ma voix. Un peu trop fantomatique à mon goût, je me suis dit, allez, vivement que ça y aille pour vrai, que la musique parle!

Et la musique a parlé, le groupe d’accompagnement a pris le relai à mi-chanson et c’était épatant, vaste et dense et puissant, sono parfaite. Saturne sans anneaux, peut-être la plus exaltante réussite du disque, suivait et remplissait idéalement l’espace. Avec les cordes des Mummies On The Run, c’était très exactement l’extraordinaire version de l’album, et ce n’était pas un petit exploit que de reproduire ça. Même impression avec la chanson-titre: si Catherine chante que «le sol est instable», le rendu était d’une époustouflante perfection. Dûment soufflés étions-nous. 
 
En transe
 
Et pendant tout ça, c’était encore plus que d’habitude la Major en transe derrière le piano, sautillant, trépignant, se tortillant, s’entortillant, se soulevant dans l’extase du moment, plaquant ses accords comme on griffe un corps: vous ai-je déjà dit qu’elle est la chanteuse-pianiste la plus érotiquement liée à son Steinway (ce n’est peut-être pas un Steinway, c’est pour la rime)? Elle en avait chaud, en était haletante, on avait des vapeurs aussi.

Ouf, petite pause, elle a parlé un peu. Beaucoup, en fait: elle fait tout dans la surexcitation, Catherine, et ça se bouscule au portillon tellement elle est pressée de tout dire. «On est là pour faire un show, un saut en chute libre...», ai-je attrapé au vol. 
 
Petit début d’éternité, c’était très exactement ce que le titre annonçait. Catherine était tout à son art, ses gars (ses «petites princesses», les appellera-t-elle, se réservant le titre de «sa majesté») faisaient corps avec elle: Alex Mc Mahon, Mathieu Désy, David Laflèche, on retrouvait les mêmes que sur l’album, et ça s’entendait. Amadeus a été gratifié d’un faux départ, ce qui n’était pas une mauvaise chose: brèche dans la perfection, ça a détendu tout le monde, et d’abord Catherine, ce qui n’est pas rien. Suivait La rue Madureira, beauté bossa de Nino Ferrer, jouée bossa rock, grand moment d’appropriation par Catherine et les siens, qui peuvent vraiment aller là où bon leur semble, tellement leur manière est maîtrisée et signée.
 
À moi Chopin
 
Fais pas l’affaire, en funky-blues, le montrait bien: les audaces paient. La finale, rallonge instrumentale à la I Want You (She’s So Heavy) des Beatles, levait haut. Fallait encore reprendre son souffle après: Catherine nous a jasé ça à la Catherine, drôlement confuse et drôlement drôle, révélant plus ou moins malgré elle que son anniversaire s’en venait dans trois heures et que vieillir n’est pas évident et qu’elle n’est pas «quelqu’un de sereine», et bienvenu le stress. «Soyons vrais, soyons intenses, soyons en vie, soyons bien», a-t-elle résumé avant de lancer...

Bien. La plus tourmentée de ses nouvelles chansons. Qui s’achèvera sur un vrai saut en chute libre, rien de moins que du Chopin martelé comme pour tuer, la Ballade nº 1 en sol mineur opus 26, au grand complet (c’est la gérante qui m’a identifié la chose à l’entracte, j’aurais pas deviné). C’était sacrée démonstration et esbroufe en même temps: ça me rappelait les gars de prog, genre Keith Emerson d’ELP, se la jouant classique en furie.
 
La deuxième partie était d’emblée plus relaxe dans l’attitude, bonne chose. Un blanc sur ma mémoire, version acoustique avec Catherine au centre et Alex au piano, se voulait douce et l’était. C’est reparti de plus belle ensuite, avec Tape dans ton dos showcase d’une frénésie à quatre mains sur les ivoires, Catherine rejoignant Alex dans une sorte de ménage à trois avec la bête. Un peu de «jungle rhythm» en intro à Toute en vie confinait au zoo en folie: c’aurait pu être une fin de show.

Est-ce arrivé trop tôt? Il m’a semblé que tout était un peu fatigué après, beau encore, fort beaux les morceaux plus tendres qu’étaient Soixante, Sahara, mais arrivé au riff rock de Bain d’épices, le niveau d’énergie avait baissé, comme si ça ne pouvait plus monter. Le fait est qu’on était moins requis, passablement rassasiés déjà. Au point où, en rappel, on a laissé partir «sa majesté» et ses «princesses» sans exiger La voix humaine, l’essentielle des essentielles de Catherine Major, pourtant prévue au programme.

Trop d’intensité trop tôt? Difficile de vouloir moins quand on est cette fille-là, où quand on est les fans de cette fille-là. Peut-être faudra-t-il simplement revoir l’ordre des chansons: ce spectacle, si fort en moments forts, a fini faible. Vous me direz si, au deuxième soir, vendredi au même Soda, la vraie fin finale a eu lieu.
2 commentaires
  • camelot - Inscrit 18 février 2012 11 h 37

    Perle

    La première fois que j'ai entendu Catherine Major j'ai été subjugé. Sa musique, ses textes, sa voix, tout est unique. J'y retrouve tout ce que j'aime. Il faut dire que j'adore les xoix féminines depuis toujours. Elle possède tout ce qu'il faut pour être une grande diva, ce qu'elle est déjà. Merci Catherine Major.

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 18 février 2012 15 h 17

    Envoutante la Catherine

    J'ai rencontré Catherine Major pour la première fois à Petite Vallée. Elle revenait après avoir mérité le premier prix l'année précédente. Toute simple, elle a accepté une photo avec elle, puis elle nous a vendu cinq dollars le premier démo qu'elle venait de sortir. Nous l'avons revue à Lachine. Et là, déchaînée derrière son piano, elle nous a réellement envoutés tant par sa musique que par ses paroles si parlantes. Et par son énergie bien évidemment.