Vitrine du disque - 17 février 2012

Classique
VOGT
«Helden». Airs de Wagner, Weber, Mozart, Lortzing, Flotow, Korngold. Klaus Florian Vogt (ténor), Orchestre de la Deutsche Oper de Berlin, Peter Schneider. Sony 88697988642.

Le nom de Klaus Florian Vogt ne devrait pas vous être inconnu: il est le ténor soliste du CD du Chant de la terre de Mahler dirigé par Kent Nagano. Vogt, qui possède un timbre très clair, n'est pas un heldentenor (ténor héroïque) au sens traditionnel du terme. Loin du stentor, il apparaît un peu comme une statue de cristal, joyau imposant mais fragile. De là, un art du chant qui le rapproche d'un liedersänger (mélodiste). Cette caractéristique met un poids énorme sur les épaules du chef, qui doit l'accompagner de manière très fine. C'est bien le cas. Il faut aussi tirer notre chapeau aux ingénieurs de Sony, qui ne cherchent pas à grossir la voix. Le disque nous documente donc la vraie nature de Klaus Florian Vogt, parfois presque placide à force d'élégance. Un platonique, face à son charnel collègue Kaufmann.

Wagner


Christophe Huss

Musique métissée
Briga
Contes Turbo Folk Stories
Indépendant

Avec elle, tout est souvent question de dualité: Briga, la violoniste des Gitans de Sarajevo ou de Brigitte Dajczer, la Montréalaise qui incarne bien sa ville métisse; Briga, l'artiste fortement imprégnée par les Balkans ou par le prog; la traditionnelle ou la contemporaine, la chanteuse ou la musicienne, la dramatique ou la meneuse de danse. En 2010, elle avait fait paraître un premier disque double comprenant deux facettes bien distinctes: le groove et la chanson. Cette fois-ci, elle revient avec un bel amalgame de tout cela, marquée par le grand violoniste bulgare Georgi Yanev. À la fois larmoyante et délicate, elle joue maintenant plus entre les notes, en créant une musique ouverte avec le violon et l'accordéon, mais aussi la multipercussion méditerranéenne et le tabla ou le clavier et la basse. C'est chanté, funky, improvisé, intime ou mordant, un tantinet free, sale, rétro et très bon. Lancement le 22 février, de 5h à 7h, au Lion d'or.

Yves Bernard


Rock'n'roots
6 VOLTS
Fred Eaglesmith
eOne

Six volts, c'est tout ce qu'il faut. Une pièce vide, un micro, une enregistreuse à bobines, Fred qui chante ses histoires pas racontables de jalousie meurtrière (Katie) et de camionneur qui conduit avec les genoux (Trucker Speed), son groupe de gars et de filles qui font leur beau bruit brut dans la réverbération du lieu, et puis voilà. The Band, Neil Young, John Mellencamp n'ont pas fait beaucoup mieux, c'est juste qu'on a été exposé à eux, et pas tellement à Fred Eaglesmith, même si le fils de fermier ontarien en est à son 19e disque. Bon comme les 18 autres, peut-être meilleur. Faut dire qu'à la différence des Neil et cie, Fred n'a pas été réussir ailleurs, et la pièce vide est un studio ad hoc de Guelph. L'homme est un enraciné pas déracinable, un tendre et un intraitable, et gare à qui se réclame de Johnny Cash sans l'avoir acclamé avant qu'il soit mourant: «And you sure did like it when he sang the 9 Inch Nails / When he looked like he was dying in that video...» Comprendo?


Sylvain Cormier


Classique
BEETHOVEN
Concertos pour piano. Howard Shelley, Orchestra of Opera North. Chandos 4 CD CHAN 10695 (SRI).

Ce coffret, dans lequel le pianiste Howard Shelley dirige du clavier, est un véritable bijou. Il nous propose une vraie intégrale pour piano et orchestre, y compris le concerto WoO4 et le rondo WoO 6, mais aussi la Fantaisie chorale et le Triple concerto, ainsi que la transcription du Concerto pour violon. C'est bien la première fois qu'un pianiste me fait digérer cette dernière. C'est que l'art de Howard Shelley est celui de l'ombre et de la lumière dans les phrasés, d'une articulation et d'une intelligence parfaites. La musique de Beethoven respire avec un naturel confondant, aux antipodes de la trituration opérée par Pletnev (DG). L'étagement des dynamiques, la transparence et un vrai caractère ludique symbolisent aussi une démarche interprétative qui rejoint les réussites de Kovacevich-Davis (Philips) et de Bronfman-Zinman (Arte Nova). Mais Shelley est le seul disponible en coffret.
C. H.


Funk
Galactic
Carnivale Electricos
Anti-

De La Nouvelle-Orléans, Galactic est un naturel des musiques de carnaval: du gros funk sale avec les tambours qui résonnent fort, les éclats de cuivres, la guitare distordue, les effets électros et les voix qui répondent avec ardeur, mais sans chanteur principal. C'est souvent basique, parfois soul et sacrément dansant. Ici, on célèbre le Mardi gras et les autres grands partys de l'Amérique en invitant une pléiade d'invités de toutes les générations. On se lance avec le funk tribal de Big Chief Juan Pardo, un des plus jeunes Mardi Gras Indians. Puis, on s'en donne à coeur joie: Cyril et Ivan Neville sont chez eux; Clifton Chénier est passé dans la machine, comme son zarico; le groupe Casa Samba plonge dans Bahia; un marching band de 40 membres anime la parade et le vénérable Al «Carnaval Time» Johnson reprend son succès de 1961, pour ne nommer que ceux-là. Et toujours ce fameux bounce de la ville fétiche. On est presque dans la rue, ça lève!

Y. B.


Pop
ROMANTICALLY YOURS
Twiggy
EMI

Pourquoi m'occuper de Twiggy, de sa voix de canari, de son disque pourri? Parce qu'elle est dans ma face, voilà, parce qu'elle était en promo à Montréal et qu'à la possibilité de la rencontrer, j'ai bien failli dire oui. Oui, pardi, parce que Twiggy, c'est le Swinging London, les Beatles, le Blow Up d'Antonioni, un grand fantasme de ma vie. Et puis, quand j'ai vu qu'elle reprenait Waterloo Sunset, je me suis dit: et si c'était joli? Et depuis, j'en veux à la Twiggy d'aujourd'hui de m'avoir gâché ma Twiggy de Carnaby, d'avoir pollué mes sixties chéries jusqu'à la belle des belles de Ray Davies et ses Kinks. Rien à voir avec le Kisses on the Bottom de McCartney, où Paul, j'insiste, fait le crooner jazzy en toute modestie. Twiggy n'a réussi qu'à s'offrir en toute prétention un disque de reprises de mauvais goût au gros prix, caprice de riche où elle se paie un solo de Bryan Adams dans la chanson dudit, s'achète Richard Marx pour chanter avec elle du Richard Marx, et tutti quanti. Ô jeunesse trahie, ô dépit.

S. C.