Concerts classiques - Un Trouvère pour les voix

Hiromi Omura dans le rôle de Leonora, dans Le Trouvère à l’Opéra de Montréal<br />
Photo: Source: Yves Renaud Hiromi Omura dans le rôle de Leonora, dans Le Trouvère à l’Opéra de Montréal

Avec Il Trovatore de Verdi, l'Opéra de Montréal semble avoir tiré le bon numéro. Vendredi, l'institution annonçait un taux d'occupation de 98 % pour la première représentation et une moyenne de 88 % pour les trois restantes. Reste à analyser les raisons de cet engouement, car plus que l'affiche de zombie camé que l'on voit dans les couloirs de la Place des arts, la communication largement axée sur le retour à Montréal d'Hiromi Omura, qui nous avait bouleversés dans Madame Butterfly, est peut-être la raison du succès.

Pourtant, Le trouvère ne repose pas sur une soprano, mais sur un quatuor. Celui-ci doit être si costaud qu'on a coutume d'entendre dire: «Réussir un Trouvère n'est pas difficile; il suffit de prendre les quatre meilleurs chanteurs du monde!» Intrinsèquement, la distribution est donc un défi pour un opéra modeste comme celui de Montréal. Ce défi a été relevé au-delà de toute espérance.

Leonora est, en l'état, le rôle le plus dramatique possible pour la voix d'Hiromi Omura. L'ancienne soprano colorature ajoute du poids à son gabarit vocal à chaque prise de rôle. Même si elle n'a pas le cuivre d'une Zinka Milanov ou d'une Leontyne Price, Omura touche le public par son intelligence, sa sûreté et sa sensibilité. Même cas de figure pour le baryton Gregory Dahl, chanteur intelligent et doué, mais intrinsèquement sous-dimensionné pour Luna.

On n'en dira pas autant de Dongwon Shin en Manrico et Laura Brioli en Azucena. Le premier est une sorte de butor vocal en airain et la seconde joue à merveille du registre de poitrine quand son rôle de gitane l'amène à chanter un peu «sale». Ernesto Morillo, honorable Ferrando, sans plus, sera sans doute meilleur dans les trois représentations restantes: le potentiel est là.

Le plateau passe très bien, car, dans la fosse, Francesco Maria Colombo a décidé de faire de la musique de chambre. Il dose l'OSM autour d'un registre mezzo-piano/mezzo-forte pour donner une zone de confort aux voix. S'agissant des choeurs, l'effet est parfois timoré jusqu'au ridicule, et heureusement qu'on sait qu'il y a une enclume dans le choeur des gitans: cela permet de la repérer!

Tout cela fait-il un spectacle? Pas sûr, car autant l'OdM a investi dans le quatuor vocal, autant les éléments scénographiques tiennent du bricolage. Les costumes des gitans dans la première scène de la deuxième partie semblent sortis de l'entrepôt d'un spectacle sur la Révolution française, alors qu'à l'avant-scène à gauche, une espèce de Rigoletto (!?) mime une danse de Saint-Guy. Dans la scène 2 de la première partie, Leonora est censée confondre Manrico et Luna, en raison d'une pénombre qui n'existe pas et les scènes de duels ne sont pas crédibles pour un sou. On peut continuer ad libitum, sans parler du zozo qui fait sa toilette dans une fosse au début de la troisième partie.

L'équipe scénique a sans doute voulu faire quelque chose. Peut-être se demande-t-elle encore quoi, au juste! Oriol Thomas n'a donc pas réussi la translation de ses spectacles d'Atelier d'opéra vers la grande scène. Ce sera pour la prochaine fois...

Mais bon: Le trouvère, ce sont des airs et de la musique à foison. On les a, et dans de bonnes conditions. La scénographie n'est pas honteuse, juste inexistante. On peut donc aller y voir.
1 commentaire
  • Philippe Dol - Inscrit 23 janvier 2012 19 h 53

    Hiromi omura triomphe

    Hiromi Omura triomphe dans ce Trouvère qu'on aurait pu appeler Leonora tant elle irradie par sa prestation de haut vol, mais cependant il ne s'agissait pas d'un concert pour soprano unique et les autres artistes ont contribué au succès. Leonora participe à des duos et quators dans lesquels la voix glorieuse de Hiromi Omura domine et s'élève tant au-dessus de l'orchestre que de ses collègues. Elle est parfaite dans le rôle et la comparer à Madame Leontyne Price semble puérile puisque cette dernière était soprano dramatique alors que tout bon connaisseur de l'opéra italien sait au minimum que le rôle de Leonora a dès le départ été destiné par Verdi à une soprano lyrique de la force de Madame Omura. A l'Opéra celle qui braille le plus fort n'est pas celle qui chante le mieux. Heureusement que Madame Léontyne Price appartient à la légende car dans la réalité elle devrait s'incliner face à l'interprétation de Léonora par Madame Hiromi Omura qui est devenue l'une des meilleures chanteuses vivantes en activité. Effectivement, et cela n'a pas échappé à Christophe Huss, Madame Omura ajoute du poids à son gabarit vocal à chaque prise de rôle. Sa récente interprétation de Norma à Lausanne, rôle mythique et presque impossible à chanter, où elle a excellée, l'a propulsée dans la cour des grands. Son impeccable Casta Diva dont fait l'éloge Richard Martet, l'un des critiques les plus impitoyables d'Opéra Magazine (numéro de décembre 2011) a suscité l'enthousiasme du public suisse. Richard Martet qui lui attribue une science raffinée des piani et un legato de haute école, la compare à Montserrat Caballé et parle d'un mimétisme suprenant de la voix. Dans ces conditions, et si on ajoute ses succès passés au Québec, il paraît naturel que lorsqu'elle se produit à Montréal, la direction de l'opéra communique sur son nom et sa voix, gages de réussite et de succès.
    Si Madame Hiromi Omura mène la danse, il faut reconnaître un