Le trouvère à l'Opéra de Montréal

Pour «vendre» son Trouvère, l’Opéra de Montréal a misé sur le nom d’Hiromi Omura, inoubliable Butterfly, en 2008, qui a marqué l’histoire de l’institution. <br />
Photo: Source: Yves Renaud Pour «vendre» son Trouvère, l’Opéra de Montréal a misé sur le nom d’Hiromi Omura, inoubliable Butterfly, en 2008, qui a marqué l’histoire de l’institution.

Un opéra important de Verdi prend l'affiche demain à l'Opéra de Montréal: Le trouvère, réputé très difficile car requérant un quatuor vocal de haute volée. Quatre représentations sont prévues, jusqu'au 28 janvier.

Pour «vendre» son Trouvère, l'Opéra de Montréal a misé sur le nom d'Hiromi Omura, inoubliable Butterfly, en 2008, qui a marqué l'histoire de l'institution. Mais la jolie Japonaise francophile ne pourra tout faire à elle seule dans sa prise de rôle de Leonora. Elle sera dans la même galère que Dongwon Shin, un Coréen, qui incarne le trouvère; Gregory Dahl, interprète du Comte de Luna et que la mezzo Laura Brioli dans le rôle clé de la gitane Azucena.

Hiromi Omura a fait du chemin depuis 2008, mais dès qu'elle sort de l'emploi de Butterfly, qu'elle a chanté depuis à Berlin, Lausanne, Savonlinna et Varsovie, sa carrière reste étonnamment cantonnée à la France et au Japon: Héro de Béatrice et Bénédict à l'Opéra-Comique; la Comtesse des Noces de Figaro au Japon et à Nancy; Micaëla (Carmen), Liù (Turandot) et Nedda (Pagliacci) à Tokyo; Desdemona de l'Otello de Verdi à Nancy.

Le ténor Dongwon Shin a notamment chanté Radamès dans Aïda au Royal Opera House Covent Garden, au Staatsoper de Vienne, à San Francisco, Sydney, Berlin, Savonlinna et Houston. Il chante aussi Calaf dans Turandot et le Metropolitan Opera l'a engagé dans Cavalleria rusticana.

Si Gregory Dahl a déjà fait ses preuves ici dans le spectacle Paillasse-Gianni Schicchi, la mezzo Laura Brioli se présente à Montréal pour la première fois. Elle a chanté Azucena à Indianapolis, Amnéris (Aïda) dans plusieurs opéras et Carmen à Washington.

En résumé, sur le papier, on est assez rassuré par les pedigrees.

Pas facile à suivre


L'histoire du Trouvère est compliquée dans ses méandres, que Piotr Kaminski dans son ouvrage 1001 opéras qualifie d'«incompréhensible charabia». L'auteur a raison lorsqu'il dit: «Contrairement à Rigoletto, où tout est représenté, le reste étant facile à deviner, Le trouvère demande à l'auditeur une lecture assidue du livret et une mémoire d'éléphant.»

On essayera donc de vous faciliter le travail en faisant simple, au prix d'une certaine schématisation... Dans Le trouvère, donc, il y a deux hommes (Luna et Manrico) qui se détestent et qui convoitent tous deux une belle femme (Leonora). Il y a aussi une gitane, Azucena.

Luna est un Comte; Manrico, un habile chanteur, un trouvère, fils de la gitane. Mais cette filiation n'est qu'un leurre, car Luna et Manrico sont en réalité frères. Ils ne le sauront pas avant la fin de l'opéra.

En effet, jadis, afin de venger sa mère, condamnée par le père de Luna pour un crime qu'elle n'avait pas commis, Azucena a enlevé l'un de ses deux fils. Elle a allumé un bûcher pour le brûler, mais au lieu de l'y jeter elle y a précipité son propre enfant! Ce genre d'erreur, assez rare pour être signalée, fait partie du «charabia». Bref, en ces temps situés une vingtaine d'années avant l'action scénique, Azucena s'est retrouvé avec un enfant sur les bras; non plus le sien, mais celui qu'elle avait enlevé et qu'elle a finalement élevé comme son fils, Manrico.

Après moult péripéties, duels et empoisonnements, les deux vrais amoureux, Manrico et Leonora, meurent, comme dans tout bon opéra romantique qui se respecte.

Tout cela est heureusement prétexte à du chant glorieux.

À Montréal, Le trouvère sera dirigé par Francesco Maria Colombo, qui était dans la fosse en 2010 pour Roberto Devereux. Il sera à la tête de l'Orchestre symphonique de Montréal, la mise en scène ayant été confiée à Oriol Tomas présenté comme une «étoile montante de la mise en scène d'opéra au Québec et au Canada».
1 commentaire
  • René Tinawi - Abonné 20 janvier 2012 07 h 23

    Le Trouvère

    Cher M. Huss,
    Merci de nous résumer l'action grâce à un texte très bien écrit.
    En fait, la musique nous fait pardonner à Verdi son charabia du livret.
    C'est toujours agréable et intéressant de vous lire.
    René Tinawi