Fred Pellerin-Kent Nagano : ticket gagnant

Fred Pellerin et l'OSM, dirigé par Kent Nagano.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Fred Pellerin et l'OSM, dirigé par Kent Nagano.
Le programme de la soirée nous précise que «ce concept de conte de Noël en musique a été développé par l'OSM en collaboration avec Radio-Canada, autour d'une idée originale de Kent Nagano». La télévision retransmettra le résultat le jeudi 22 à 21 heures et on peut imaginer le produit télévisuel plus adapté et plus fidèle à la matière originale que le Messie ratiboisé et entrecoupé de publicités ou la 9e de Beethoven plombée par un véritable sabotage narratif. Par contre, on ne sait pas si on va éviter le mal de mer visuel, car les caméras tournoyaient vigoureusement.

De toutes les tentatives transgenres amorcées par Kent Nagano, celle-ci est apparue comme la plus naturelle, la plus vibrante et la plus réussie. Il est vrai que narration et musique vont de pair depuis l'invention des musiques de scène. Mais un tout petit détail aurait pu améliorer les choses de beaucoup. Pourquoi ne pas avoir conçu le conte de Fred Pellerin comme un tout, illustré par la musique? Il était parfaitement inepte, injustifié et contre-productif de faire applaudir le moindre extrait et lever l'orchestre au beau milieu.

En quoi une intervention de l'OSM vaut-elle plus qu'une intervention de Fred Pellerin? Ce n'est pas la «faute au public» d'avoir applaudi chaque extrait musical; la soirée a été pensée ainsi. Kent Nagano, si prompt à ordonner un non-applaudissement dans ses concepts du genre Perotin-Boulez ou «L'invention de la symphonie», a laissé faire... s'il ne s'y est pas carrément complu. C'est son erreur; une erreur grossière d'amour-propre.

Mais l'expérience, par ailleurs très réussie et sobrement mise en images par René-Richard Cyr, laisse espérer d'autres collaborations futures. Car la verve délirante de Fred Pellerin est à la hauteur de la qualité de l'OSM. Nous ne sommes pas dans un cas de figure où l'OSM cautionne ou anoblit artistiquement La Bottine, Simple Plan ou autres. Nous sommes en présence de deux vrais partenaires, deux champions de leur art, qui oeuvrent en synergie.

Oui, la musique peut créer une échappée onirique qui prolonge les délires verbomoteurs de Pellerin. Oui, aussi, Pellerin peut créer, par le magnétisme de sa narration, une manière de présenter différemment la musique classique à un public qui n'y serait pas normalement exposé.

Pour une fois, l'OSM a quelque chose à gagner tangiblement et immédiatement dans un partenariat inattendu. Tous ont donc intérêt à renouveler l'expérience. La télévision et les téléspectateurs aussi, j'espère. Ça, nous le saurons en fin de semaine.
3 commentaires
  • Moteur - Inscrit 22 décembre 2011 23 h 17

    Délirant, vous dites?

    J'ai applaudis dans mon salon!
    La fin avec la boite è silence, tout simplement sublime!

    Les bémols que je pourrais avoir sur le choix un peu trop cliché des pièces sont balayés par la rafale du talent de M.Fred! Il est complètement sauté ce type!

    L'ensemble de cette fusion demeure quand même une belle expérience et j'espère qu'il y aura en d'autres semblables.

  • Franfeluche - Abonné 23 décembre 2011 09 h 50

    Je n'ai pu...

    Comme il m'a été impossible de voir et d'entendre ce concert comme probablement plusieurs québécois à la veille de la Noël, j'espère que Radio Canada a prévu une rediffusion dans un prochain avenir.

  • Réal Ouellet - Inscrit 23 décembre 2011 13 h 34

    Merveilleux

    Ce Fred a du génie. Dès les premières paroles, nous nous sentons envahi par l'admiration.
    Et le plus grand bonheur? Voir Maestro Nagano rire des histoires de Fred. Eh! oui il a paru bien comprendre la parlure. Y avez vous pensé? un américain qui comprend la parlure québecoise. Il est convaincant Fred.
    Mille merci