Concerts classiques - La Chose du Prince

À Québec, ils ont Les Violons du Roy, à Montréal, à en croire le concert d'intronisation de Jean-Marie Zeitouni, hier soir, nous avons désormais La Chose du Prince, anciennement dénommée I Musici de Montréal.

Le nouveau directeur musical a mis un seul concert pour transformer un chaleureux et sympathique orchestre de chambre en meute féroce d'ayatollahs du baroquisme primaire. Il faudrait une page entière pour analyser ce qui s'est passé hier soir. Un tiers pour l'analyse interprétative, un tiers traitant de sociologie musicale et un tiers dévolu à la stratégie.

L'ancien assistant de Bernard Labadie veut-il être encore plus royaliste que le roi? Il a déployé une hargne carnassière à le démontrer. Quelques précisions s'imposent d'entrée. Même si je suis en quasi total désaccord avec ce que j'ai entendu hier, Jean-Marie Zeitouni est un grand chef. Il a des tripes, de la personnalité, il se pose des questions, prend des risques et sait faire travailler un orchestre pour amener les individus à se dépasser collectivement. Il a aussi quelques idées prégnantes, tel ce phrasé du 2e mouvement de 7e Symphonie, où les points au dessus des notes sont interprétés comme des tenuti, ce qui est juste.

Par contre, il fait reposer toutes ses lectures de Beethoven sur le principe de l'inexistence absolue du vibrato dans l'orchestre au début du XIXe siècle. J'attends avec intérêt les traités et textes qui prouvent cela. Par contre, et nonobstant toute argumentation pour ou contre ce dogme vaseux, une chose ne trompe pas: l'oreille. Ces sons morts, ces notes finales écourtées (début de la 7e), ces cantabile qui ne chantent pas (2e mouvement de la 4e), ces dolce castrés et ses phrasés plats: que c'est laid! Alors Zeitouni fait tout - ou presque - vite et fort, au forceps. Et ça impressionne. Mais ça va dans le mur. Direct.

Nous avons assez d'ensembles baroques à Montréal, pour ne pas avoir nous en coltiner un vrai-faux sur instruments modernes. S'il s'agit de faire un gros orchestre d'époque, élargissons Arion - et tant qu'à faire demandons à Hervé Niquet de revenir! Le créneau Labadie en version trash et survitaminée n'est guère viable non plus, puisque Les Violons du Roy nous font l'honneur de nous visiter et que l'original vaut toujours mieux que la mauvaise copie.

J'ai bien peur qu'I Musici ait réglé un problème (la fin de règne de Yuli Turovsky) pour s'en mettre un autre sur les bras.

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