Prince au Centre Bell - Sceptique confondu

Prince, de passage cet été.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Prince, de passage cet été.

Prince, ce n'est vraiment pas mon terrain de jeu habituel. La mégastar du funk, de la soul et de la pop? Un respect doublé d'une méconnaissance, et peut-être d’un scepticisme. Cet été, le collègue Bourgault-Côté avait levé la main pour aller voir le guitariste lors de son marathon nocturne au Métropolis. Vendredi soir, pour le passage de la tournée Welcome 2 Canada au Centre Bell, c'était mon tour de garde.

Alors question de me mettre à niveau, j'ai repris la même technique que lors du passage d'Elton John au Festival d'été de Québec: le téléchargement d'un bon vieux «best-of». Sauf que là où je connaissais presque tout de sir John sans le savoir, là je suis resté pantois: j'ignorais quasiment tout de Prince, sauf peut-être Purple Rain et Kiss, et j’ai été hérissé par certaines textures vieillissant plutôt mal. Hé merde. 

Devant mon désarroi, plusieurs collègues m'avaient rassuré. Andréanne, Julie, Christian, Jean et d'autres ont tous dit: «non, espèce d'ignorant sans goût, attend de voir, le gars sait jouer de la guitare et donne tout un spectacle.» Je paraphrase, là.

Mais bon sang, ils avaient raison. Prince sait vraiment jouer de la guitare et donne tout un spectacle. Un concert à grand déploiement, où il réussit à rendre magique ce qui pourrait sonner cliché ou périmé en d’autres circonstances. Comme tous ces «bonsoirs Montréal» lancés à répétition aux quelque 12 000 spectateurs, qui hier dérangeaient étonnamment peu. Comme cette trappe au sol qui le faisait apparaître et disparaître. Comme les petits pas de danse chorégraphiés. Comme les canons à confettis pour Purple Rain.

Prince, ses trois choristes et ses talentueux musiciens – dont le saxophoniste Maceo Parker – avaient un immense terrain de jeu, soit une scène centrale prenant la forme de son «symbole», cette espèce de longue croix stylisée à tête ronde. Les planches devaient bien prendre les deux tiers de la patinoire.

D’abord seulement armé d’un micro, Prince a pris quelques chansons avant d’accrocher sa guitare électrique et d’accompagner son groupe, déjà solide. Et avec une assurance et une attitude pas croyable. Mais encore, là où tout aurait pu être parodie, le chanteur de 53 ans livrait la marchandise. Économe dans son jeu, Prince arrivait quand même avec sa guitare à insuffler une touche magique à ses pièces. Le petit solo ici, le lick de funk, là. Fort.

À son habitude, Prince a multiplié les versions allongées. Musicology a bien dû durer 15 minutes, et Purple Rain, jouée avant le premier rappel de trois, ne voulait pas mourir. Et le musicien de Minneapolis s’est aussi amusé avec quelques citations, dont Don’t Stop Til You Get Enough de Michael Jackson et I Love Rock’n Roll de Joan Jett.

Il faut souligner le travail des musiciens, et particulièrement des trois choristes, qui avec leur appui presque gospel et leur présence scénique dynamique, rendaient possible la magie. Chose certaine, les 1999, Little Red Corvette et Let’s Go Crazy trouvent maintenant une nouvelle résonance à mes oreilles.