Vitrine du disque - 25 novembre 2011

Classique
Airs de jeux
Erik Satie et autres messieurs
Nato Music


Il y a dans ce coffret préparé — et fort joliment présenté — par la maison française Nato un condensé d'Erik Satie. Trois disques, trois facettes, un même univers alliant la beauté épurée des compositions de Satie et ses audaces stylistiques. Dans l'ordre: les «correspondances» entre Satie et Claude Debussy, interprétées par le pianiste Tony Hymas, qui proposent un récit musical illustrant les influences croisées et réciproques des deux amis, têtes pensantes des impressionnistes. Un habile jeu de miroirs. C'est suivi des trois sarabandes et des six gnosiennes, de la poésie pur Satie que joue avec une remarquable sensibilité et retenue Ulrich Gumpert (enregistrement en 1985). Le coffret trouve sa complétude avec les Sept tableaux phoniques, un recueil de musiques non pas écrites par Satie, mais créées dans l'esprit de ce compositeur. C'est absolument déjanté, sorte de portrait-sonore-hommage-d'avant-garde à Satie où on explore large et sans crainte de dissonance. Pleine liberté, beau coup de chapeau.

Ulrich Gumpert - Première Gnossienne


Guillaume Bourgault-Côté

Classique
MENDELSSOHN
Concerto pour piano et orchestre en la mineur. Concerto pour piano et violon. Orchestre baroque de Fribourg. Harmonia Mundi HMC 902 082 (SRI).

Il ne s'agit pas forcément ici de mes goûts en matière de sonorités dans la musique de Mendelssohn, mais il me faut avouer que, dans son univers spécifique, ce disque est vraiment exceptionnel. L'univers en question est celui des ensembles dits «baroques», à instruments anciens, qui viennent investir ce répertoire. Quelques sonorités un peu raides manquent de faire vraiment chanter le mouvement lent du Concerto pour piano. Mais une fois qu'on accepte cela, le plaisir est immense, en raison du choix lumineux du forte-piano d'après Conrad Graf touché par Kristian Benzuidenhout. Pour tous les amateurs d'instruments anciens, ce disque sera une bénédiction. L'allegro molto du Concerto pour violon et piano atteste l'ivresse collective et l'entente entre le violoniste Gottfried von der Goltz et son pianiste.


Christophe Huss


Instrumentale
Baie des anges
Fortin Léveillé Donato Nasturica
Indépendant - DEP

Le quatuor montréalais revient avec son charme tranquille et ses textures brésiliennes, manouches, tsiganes et jazzistiques, qui sont vraisemblablement les mêmes qu'auparavant. Mais il y a l'évidente complicité entre les musiciens, la profondeur harmonique, la façon de faire fondre les genres, la tendresse discrète et la beauté des mélodies, mélancoliques ou lumineuses. Chacun des artistes en compose deux ou trois, quelques autres sont empruntées à Hermeto Pascoal, à notre Félix, en accentuant la manière russe, et à Dominique Soulard, qui fait plonger vers le flamenco à trois guitares. La pièce-titre mélange la bossa à des lignes d'accordéon baroque, Une rose pour toi explore des progressions rythmiques plus complexes et d'autres titres lorgnent la valse, le swing et même cette façon, dans Bleu bio, d'intégrer une sorte de vieux rock and roll bluesy. Baie des anges est un beau disque à la douceur contagieuse.


Yves Bernard



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SHOW ME THE PLACE
Leonard Cohen
LeonardCohen.com

Discret frisson planétaire ce mardi, 48 ans jour pour jour après l'assassinat de JFK. Une chanson neuve de notre Leonard. L'une des dix du prochain Cohen, Old Ideas, en magasin le 31 janvier 2012. En commandant illico le disque, on obtient le mp3 de la chanson. Ou alors on ne commande rien et on se contente d'écouter. Écoutons. Le piano est gospel, ce sera une prière. Et puis s'élève la voix de Leonard Cohen, grave de timbre et grave d'intention, et la prière devient supplique d'amoureux: «Show me the place where you want your slave to go...» Un violon triste et digne, presque irlandais, accompagne l'homme, bientôt rejoint par ses habituelles choristes, dont les harmonies rappellent les McGarrigle. «Show me the place, help me roll away the stone / Show me the place, I can't move this thing alone...» Lenteur, lourdeur, noirceur. «Show me the place where the suffering began...» Le désir est souffrance, la beauté, à la limite du tolérable. Encore deux mois.

Sylvain Cormier


Chanson
RIDEAUX OUVERTS
Diane Tell
Musicor - Sélect

Les photos au bord de la mer, c'est à Biarritz, son chez-elle depuis 28 ans déjà. Les musiques, elles, ont Val-d'Or dans le corps. C'est de là que vient Diane Tell, née Fortin; là qu'elle est retournée, invitée aux Fêtes du 75e en 2010; là qu'elle a rencontré un autre Fortin, Serge, le chansonnier; là qu'elle a eu envie d'un disque qui la ramène au point de départ. Réunion de la diaspora des Fortin du boomtown, le nouveau frère de musique et elle se sont concocté un album façon va-et-vient Internet, et les chansons ont été couchées manière pas compliquée, tout québécois dans le maniement. Une histoire d'amour qui ne va plus, une autre qui naît, des chansons le plus souvent en folk-rock 4/4, on y trouve une Diane rapaillée, de ses racines familiales jusqu'à son bord de mer. Le disque assume sa québécitude (Il m'chatouille les papilles), ses refrains gagnants aussi (J'te laisse un mot), ses émois encore plus (Je sais bien qu'un jour). Le premier album de... Diane Fortin.

Diane Tell - J'te laisse un mot


S. C.


Classique
FAURÉ
L'intégrale de la musique de chambre pour cordes et piano.
Renaud et Gautier Capuçon, Gérard Caussé, Nicholas Angelich, Michel Dalberto, Quatuor Ébène. Virgin 5 CD 50999 070875 2.

La parution d'un coffret de cinq disques d'une intégrale chambriste de Fauré permet d'avoir tout ce qui compte en la matière en un beau petit coffret cohérent. Mais la joliesse et la praticité doivent-elles absolument primer? Si l'on veut présenter les choses sous un angle favorable, on dira que les interprètes ont une vision animée ou agitée, en marge de la finesse fauréenne habituellement cultivée. Mais il y a un moyen terme entre l'activisme démonstratif à l'oeuvre ici et la tisane de nombreuses interprétations, notamment anglaises. J'ajouterai que la captation sonore, proche et colorée, n'est vraiment pas adaptée à cet univers. Et pour tout dire, l'écoute me conforte dans l'idée que Renaud Capuçon est l'un des solistes les plus surfaits du métier. Demi-déception pour un objet aguichant.

Fauré


C. H.


Chanson
J'ÉCOUTE LA RADIO
Daniel Lavoie
Spectra - Sélect

L'enregistrement fixe une chanson dans un certain état, et si la chanson a du succès, dans les mémoires. Bon pour la nostalgie, moins bon pour l'artiste: Lennon disait qu'il referait toutes ses chansons s'il le pouvait. Las de grimacer en s'écoutant à la radio (d'où la chanson inédite qui tient lieu de titre), Daniel Lavoie a décidé qu'il le pouvait, que ses chansons avaient le droit de vieillir avec lui, et a, tel Hugues Aufray récemment, revisité ses immortelles. Approche bio de rigueur: vraies guitares, vrai piano, contrebasse, cuivres. Ça fait le plus grand bien aux Qui sait, Tension attention et cie: une sorte de décapage d'oreilles où les couches de synthés 1980-1990 fondent comme de la vieille cire. Ça permet aussi des contributions élégantes et discrètes — ce n'est pas écrit sur la pochette — de la part des Martin Léon, Jorane, Maurane, Louis-Jean Cormier, Catherine Major, et même, revenant de loin, de l'ami Renaud (avec Charlebois pour Boule qui roule). Du meilleur goût.

Daniel Lavoie, Louis-Jean Cormier - J'ai quitté mon île


S. C.


Chanson
Vitamia
Gianmaria Testa
Le Chant du Monde

Vitamia, vita mia, ma vie est le résultat d'une quête de cinq ans, autant que la synthèse d'une vie à cinquante ans découpée en 18 000 jours bien contés pour donner la mesure des respirations et du temps qui ralentit dans la ville qui gronde. Ici, le cantoautori nord-italien intègre à son chant de proximité la distorsion d'une guitare électrique jusqu'au rock industriel, le bruitisme soft, les montées plus agressives, le trombone libre, les effets sonores et beaucoup de contrastes. Certaines pièces, qui sont plus fidèles à la lenteur acoustique habituelle, alternent avec des climats plus durs. La voix de velours et la gravité intime du chanteur demeurent pourtant toujours en avant. Il chante, murmure, susurre, raconte sur un ton presque parlé, en lenteur. Il peut parfois s'accorder plus de légèreté et même terminer par une marche joyeuse, mais ce n'est que pour mieux ramener à l'essentiel de la vie et à ses capacités de surprendre.

Gianmaria Testa- Cordiali saluti


Y. B.